Une génération tardive : la monstruosité du langage dans les récits après 1945 : Samuel Beckett, Maurice Blanchot, Albert Camus et Louis-René des Forêts

Matisson, Vivien (2020) Une génération tardive : la monstruosité du langage dans les récits après 1945 : Samuel Beckett, Maurice Blanchot, Albert Camus et Louis-René des Forêts. [Thesis]

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Item Type: Thesis
Titre en anglais: A late generation : the monstrosity of language in the narratives after 1945 : Samuel Beckett, Maurice Blanchot, Albert Camus and Louis-René des Forêts
Creators: Matisson, Vivien
Directeur de recherche: Laurichesse, Jean-Yves
Doctoral school: ALLPH@ : Arts, Lettres, Langues, Philosophie, Communication
Research unit: Patrimoine, Littérature, Histoire -PLH
Diplôme: Doctorat en Langue et Littérature Françaises
Subjects: ARTS-LETTRES-LANGUES-PHILOSOPHIE > Lettres modernes > Littérature comparée
ARTS-LETTRES-LANGUES-PHILOSOPHIE > Lettres modernes > Français
Uncontrolled Keywords: Monstruosité ; Imaginaire du langage ; Camus ; Beckett ; des Forêts ; Blanchot ; Génération littéraire
Mots-clés en anglais: Montrosity ; Language's conception ; Camus ; Beckett ; des Forêts ; Blanchot ; Literary generation
Abstract: Notre étude porte sur l'imaginaire et la pratique de la langue dans les récits après la Seconde Guerre mondiale, à travers la notion de monstruosité. Cette notion interroge depuis toujours le rapport qu’entretiennent les hommes avec la nature comme puissance d’engendrement du vivant et comme principe régulateur et normatif. Rapportée au langage, la monstruosité suggère, après le traumatisme de la guerre et du génocide des Juifs, une angoisse collective quant à la rationalisation des phénomènes « naturels » ou « culturels ». Le risque est que le signe, quel qu’il soit, devienne un fétiche, le prétexte à un spectacle où l’artifice règne sans bornes. Le signe-monstre, au lieu de désigner un référent du monde extérieur sans s’y substituer, prend corps dans le réel en n’indiquant plus que sa propre surface, sa propre image ; il devient un artefact, une construction artificielle autonome et inquiétante. Une génération d'écrivains (Samuel Beckett, Maurice Blanchot, Albert Camus, Louis-René des Forêts) conçoit ainsi son rapport au langage par rapport aux atrocités de la Seconde Guerre mondiale. Pouvoir, manipulation et propagande apparaissent comme des termes clés pour les écrivains après 1945 qui ne cessent de dramatiser la prise de parole, perçue comme une menace et une violence qu'il faut nécessairement déjouer. Les récits d’après-guerre ont pour trait commun de chercher à appréhender le fonctionnement rhétorique et formel des systèmes signifiants : leur forme même intègre une inquiétude qui les conduit à mimer le phénomène de contagion redouté ou à « épuiser » leur capacité à produire du sens. Cette sensibilité aux dérives idéologiques et à la logique des discours incite aussi ces auteurs à surmarquer les manques, les insuffisances de leurs récits, et les limites du langage qu’ils déploient. Nous traçons la voie pour une redéfinition de l'écriture de fiction après la guerre, ni formaliste, ni engagée, au sens de Sartre, mais consciente des enjeux d'une époque où tout est à reconstruire. Afin d’apprivoiser la propension du langage à la « contre-nature », l’écrivain tardif adopte une posture d’équilibriste : conscient que son langage n’est pas épargné par la charge de violence qui traverse l’époque, il en éprouve les dangers et les limites, à l’intérieur de formes nouvelles et restreintes.
English abstract: The project tries to conceive the language's imagination and practice in fiction's narratives after World War II through the notion of monstrosity. This notion has always questioned the relationship between man and nature as the generating power of the living and as a regulating and normative principle. Related to language, monstrosity suggests, after the trauma of the war and genocide of the Jews, a collective anguish about the rationalization of «natural» or «cultural» phenomena. The risk is that the sign, whatever it is, becomes a fetish, the pretext for a show where artifice reigns without limits. The monster-sign, instead of designating a referent of the outer world without substituting itself, takes shape in the real by indicating only its own surface, its own image; it becomes an artifact, an autonomous and disturbing artificial construction. A generation of writers (Samuel Beckett, Maurice Blanchot, Albert Camus, Louis-René des Forêts) conceived his relationship to language in relation to the atrocities of the Second World War. Power, manipulation and propaganda appear as key terms for writers after 1945 who continue to dramatize speech, seen as a threat and violence that must necessarily be thwarted. The common feature of post-war narratives is that they seek to understand the rhetorical and formal functioning of meaningful systems: their very form incorporates an anxiety that leads them to mimic the phenomenon of dreaded contagion or to “exhaust” their ability to produce meaning. This sensitivity to ideological drifts and the logic of discourse also encourages these authors to overstate the shortcomings, the inadequacies of their narratives, and the limits of the language they deploy. We pave the way for a redefinition of fiction writing after the war, neither formalistic nor committed, in the sense of Sartre, but conscious of the stakes of an era where everything is to be rebuilt. In order to tame the propensity of language to the «counter-nature», the late writer adopts a balancing posture: aware that his language is not spared by the load of violence that crosses the epoch, he experiences the dangers and limits of it.
URI: http://dante.univ-tlse2.fr/id/eprint/10799