L'imagerie cérébrale : un cas problématique dans nos représentations des soins.

Gaillard, Jonas (2016) L'imagerie cérébrale : un cas problématique dans nos représentations des soins. [Mémoire]

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Résumé

Dans le rapport problématique entre médecine et technosciences, les enjeux sont nombreux. Le sujet que je souhaiterai développer dans le cadre du mémoire de Master 2 Ethique de la décision et gestion des risques relatifs au vivant est que l'imagerie cérébrale est un cas d'usage problématique de nos représentations des soins. La représentation du cerveau par l'imagerie cérébrale soulève un ensemble de questions et génère de nouvelles pratiques tant au niveau juridique qu'au niveau éthique et médical. Son utilisation et son instrumentalisation expriment une responsabilité collective que nous avons le devoir d'assumer. Elle engage notre rapport à la nature et au monde, exacerbant le principe rousseauiste de perfectibilité et poussant inexorablement au culte de la performance tant promue par nos sociétés démocratiques et consuméristes. L'opinion communément admise dans le milieu de la neuro-imagerie est que l'étude du cerveau à travers l'imagerie cérébrale nous dévoilera ce qu'est la conscience humaine, rendant possible l'idée d'une sélection eugénique et génétique de l'idéal de ce que serait une conscience propre à l'exercice de la démocratie, par l'élimination ou du moins la prise en charge et le soin des esprits malades, pathologiques et déviants. Ce mouvement suit une des célèbres maximes de SPINOZA Baruch présente dans "L'éthique" : "Les hommes jugent les choses selon la disposition de leur cerveau". Mais notre rationalité possède des limites. Le cerveau, c'est 100 milliards de neurones, 10 000 contacts synaptiques. Selon Gérard HEDELMAN, ancien directeur de l'Institut de neuroscience à la Jolla Californie, le nombre de connexions cérébrales possibles est, "plus élevé que le nombre de particules chargées positivement dans l'univers", et il n'y a pas de limite absolue à la combinatoire neuronale. L'imagerie cérébrale constitue un défi scientifique international majeur de ce début du siècle. En Europe et aux Etats-Unis, elle correspond au plus gros budget de recherche car les enjeux pour l'avenir de l'humanité sont nombreux, aussi bien au niveau individuel que collectif, politique, économique et social. Le malade devient le support d'un développement technologique centré autour de l'idée de progrès. Au Etats-Unis, l'objectif affiché de "initiativ brain" est d'obtenir une image dynamique du cerveau en action et de comprendre comment on pense, on apprend et on se souvient. En Europe, le "human brain project" est un projet scientifique qui vise d'ici environ 2024 à simuler le fonctionnement du cerveau grâce à un super ordinateur, dont le but affiché est de développer de nouvelles thérapies médicales plus efficaces sur les maladies neurologiques, un des objectifs est de modéliser entièrement le cerveau afin de pouvoir le télécharger dans un monde virtuel. Nous ne sommes pas si loin de "Matrix" finalement. Les applications possibles sont très nombreuses, à l'image d'un des derniers messages du porte-parole du géant Google, sur la volonté de l'entreprise de créer un "troisième hémisphère dans le cerveau" par l'intermédiaire d'une puce implantée connectant l'homme ainsi intra-biologiquement avec internet, recherche que nous pouvons corréler à celle du centre de recherche militaire américain le DARPA. Au-delà de l'effet d'annonce, la notion de vie bonne aujourd'hui sera peut-être considérée demain comme une vie en deçà de ses potentialités donc pathologique, et il pourra par exemple être proposé un traitement d'implantation invasif d'une interface cerveau-machine, afin d'être plus compétitif sur le marché du travail par exemple, mais aussi un remaniement du génome et la prise de médicaments aux caractères performatifs. Le cerveau et la manipulation de la personnalité sont des champs de la réflexion éthique en médecine et biologie, adoptés par exemple par G.HOTTOIS et M.H. PARIZEAU dans "Les mots de la bioéthique". C'est un problème éthique contemporain posé par la médecine et la biologie apparaissant dans les avis rendus en France par le Comité Consultatif National d'Ethique. Tous ces sujets de recherche partent de l'hypothèse principale que la cognition arrive du cerveau. Nous assistons à une certaine forme de naturalisation de la philosophie, c'est à dire vouloir trouver la conscience biologiquement dans le cerveau (in vivo), et plus seulement à travers le langage. Le thème central est l'imagerie cérébrale, son impact problématique dans nos représentations des soins, les nouvelles questions éthiques qu'elle soulève, notamment dans son utilisation comme référence en droit et dans l'exercice de la justice. La thèse est que l'arrivée de l'imagerie cérébrale bouleverse notre conception du soin, impose une nouvelle éthique en rapport avec les générations futures, et modifie intrinsèquement le droit et l'exercice de la justice. Ainsi dans une première partie, nous tenterons de répondre à la question qu'est ce que l'imagerie médicale, en passant par sa définition, ses limites, le cas de la plasticité neuronale, et le traitement de pathologies cérébrales. Dans une deuxième partie nous développerons l'influence de l'imagerie cérébrale sur le droit, par le phénomène de naturalisation du droit (ou neurodroit), suivie d'une enquête sur les relations entre droit et sciences, pour finir sur la description d'une certaine vision utilitariste et des relations entre éthique et droit. Enfin dans une troisième partie sera abordée la nécessité d'une nouvelle éthique, à travers l'exploration de l'éthique normative, de la neuroéthique, de l'éthique comportementale, ainsi que la relation neuro-imagerie et bouddhisme. Le sujet est à la fois très complexe et très vaste.

Type de document: Mémoire
Type de master: Mémoire master 2
Mots-clés : Imagerie cérébrale, Éthique soin
Sujets: ARTS-LETTRES-LANGUES-PHILOSOPHIE > Philosophie > Morale, éthique
UFR / Département: UFR Lettres, Philosophie et Musique > Département Philosophie
Diplôme: M1 Ethique de la décision et gest risques relatifs au vivant
Directeur de recherche: Marimbert, Jean-Jacques
Déposé par: Jonas Gaillard
Date du dépôt: 28 Nov 2016 11:53
Dernière modification le: 28 Nov 2016 11:53
URI: http://dante.univ-tlse2.fr/id/eprint/1828

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