L’atelier musical comme expérience esthétique et intersubjective, son rôle dans le développement de l’empathie chez le jeune enfant.

Da Silva Correia, Julia (2016) L’atelier musical comme expérience esthétique et intersubjective, son rôle dans le développement de l’empathie chez le jeune enfant. [Mémoire]

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Item Type: Mémoire
Creators: Da Silva Correia, Julia
Directeur de recherche: Huet-Gueye, Marie
Divisions: UFR de Psychologie > Département Psychologie du développement
Diplôme: M1 Psychologie
Subjects: SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES > Psychologie
Uncontrolled Keywords: Développement social et affectif, Empathie, Expérience esthétique, Intersubjectivité, Musique.
Abstract: La présente recherche s’intitule : « L’atelier musical comme expérience esthétique et intersubjective, son rôle dans le développement de l’empathie chez le jeune enfant ». Notre intérêt se porte sur la construction de soi, le développement social chez l’enfant au travers d’une activité artistique. Dans notre cas, un atelier musical en groupe (au sein d’une école) où les enfants font de la musique (sound painting, chanson...) et en écoutent. Les principales notions saisies pour mener cette réflexion sont l’empathie, l’intersubjectivité et l’expérience esthétique. Nous nous questionnons sur les propriétés bénéfiques que peut avoir la musique sur le développement affectif et social des personnes. En découle les questions suivantes: les ateliers musicaux peuvent-ils réellement constituer des expériences esthétiques et émotionnelles pour les enfants ? Qu’en est il au niveau intersubjectif? Ces expériences subjectives et intersubjectives sont elles significatives dans le développement des sujets? Et comment l’empathie s’exprime t-elle dans ce cadre ? L’empathie est appliqué aux relations sociales et largement étudié: Karl Rogers (1963) s’en est saisi en psychologie clinique; Heinz Wimmer et Joseph Perner (Années 90) ainsi que Baron-Cohen (1985) en ont étudié la part cognitive en se centrant sur la théorie de l’esprit; Rizzolatti et son équipe (1992) par la découverte des neurones miroirs l’ont étudié en neurosciences. Aujourd’hui, l’empathie des personnes est évaluée par des tests standardisés (questionnaires visionnage vidéo etc.) apriori adaptés aux différents niveaux de développement. Au travers de tout cela, ce terme désigne finalement une capacité dont une personne fait suffisamment preuve ou non. Ce type de paradigme nous semble trop réducteur car de nombreux auteurs (Batson, 1987; Ungerer,1990); Tisseron, 2010) ont démontré le caractère fluctuant de l’empathie au cours de la vie des individus en fonctions de différents événements de vie. Concernant le rapport qu’entretient l’homme avec la musique, Le Run (2014) décrit cet art comme un espace intermédiaire dans le quel il est possible de vivre des expériences intersubjectives fortes. Très tôt la musicalité et la rythmicité soutiennent les échanges entre l’enfant et son entourage (Stern, 1989; Dissanayake, 2010). Selon Linvingston et Thompson (2010) l’échange affectif, la communication entre les personnes est la première visée de la musique. Nous pensons qu’elle offre aussi des expériences subjectives singulières. Schaeffer (2015) a finement décrit cela dans l’ouvrage «l’expérience esthétique ». L’attention des individus dans ce cadre est tout à fait particulière et permet de vivre des expériences à valence hédonique positive et émotionnellement fortes. L’impact de la pratique musicale sur l’empathie a fait l’objet des plusieurs recherches (Tomassello, Kirschner, 2010; Rabinowitch, Cross, Burnard, 2012). Tous ont une démarche positiviste et expérimentale et leurs résultats vont dans le sens d’un impact positif de l’activité musicale en groupe sur le développement de l’empathie et l’altruisme. Cependant, nous ne nous accordons pas avec leurs fondements épistémologiques et méthodologiques, car sur ces thèmes extrêmement subjectifs (empathie, musique) nous estimons que des paradigmes expérimentaux hyper contrôlés présentent de nombreuses limites.. L’empathie étant multifactorielle, attribuer le résultat juste à l’expérience musicale proposée n’est pas valide car les sujets vivent tous par ailleurs des expériences de vies significatives. Nous avons donc entrepris une démarche complémentaire, à savoir exploratoire et phénoménologique avec l’objectif de recueillir le point de vue des sujets sur l’expérience qu’ils vivent (en s’inspirant de Montandon, 1997). Notre hypothèse théorique est que l’activité musicale en groupe en permettant aux enfants de vivre une expérience intersubjective et esthétique a une influence sur leur socialisation et le développement de l’empathie. En effet, nous l’avons dit, l’empathie se développe sous l’influence d’évènements de vie. Nous posons donc l’hypothèse que l’atelier musical peut en constituer un (intéressant à cet égard), car il permet aux enfants de vivre une expérience singulière au niveau subjectif et intersubjectif. 23 entretiens semi-directifs ont été effectués (avec 18 enfants et 5 adultes). Avec les enfants (âge moyen : 6,1 ans; participants tous à un atelier musical à l’école une fois par semaine) l’échange était introduit par un dessin et terminé par une analyse de conduite (sur un enregistrement vidéo de l’atelier) afin de soutenir leur discours. Connaitre leur parcours de vie d’adultes (âge moyen : 24,2 ans; ayant participé à une activité musicale durant leur enfance) éclairait nos questions sous un angle évolutif. Les entretiens ont été soumis à une analyse thématique, de positionnement et de l’énonciation. Les principaux résultats de la recherche apportent d’intéressantes perspectives à nos hypothèses. Notre postulat selon lequel la musique offre une expérience subjective singulière est vérifié, car nous avons découvert que les enfants sont sensibilisés à l’expérience esthétique au cours de l’atelier (ils utilisent des termes esthétiques, prêtent une attention particulière aux stimuli...). De plus, la pratique musicale leur fait vivre des expériences émotionnelles (manifestations émotionnelles lors du soundpainting) et chez certains des émotions sont directement induites par le stimulus musical (attribution d’un caractère émotionnel à certains stimuli). C’est le cas aussi des adultes, qui vivent des expériences subjectives singulières au travers de la musique (description de vécus très singuliers grâce à cet art). Comme nous le présagions, la musique est interessante au niveau intersubjectif car les adultes investissent (et ont investi) la musique comme moyen de communication affective (difficilement descriptible) et trouvent que cela facilite leurs échanges avec autrui. En outre, l’atmosphère bienveillante et respectueuse de l’atelier musical observé est propice à l’écoute de l’autre. Entre les enfants, des échanges implicites intéressants se produisent lors de la pratique (échanges de regards, de sourire...) et la relation avec l’intervenante est très enrichissante pour certains d’entre eux rencontrant des difficultés par ailleurs (car il sont davantage valorisés dans ce cadre). Quant à l’impact de cette expérience sur le développement de l’empathie, nous avons pu observer certaines conduites empathiques (entre aide etc...) au cours des ateliers musicaux. Les adultes eux, ont été très intéressés par la mise en lien entre empathie et musique et ont tous trouvé celle-ci pertinente. Globalement nous pouvons donc, confirmer que la musique offre aux personnes (enfants et adultes) des expériences intersubjectives et subjectives singulières qui peuvent constituer des évènements de vie participant au développement de l’empathie. La différence entre le milieu social des enfants (ZEP) et celui des adultes (niveau sociocultuel élevé) nous interpelle néanmoins, car ils seraient intéressant de découvrir et comprendre leur impact sur la façon dont les sujets abordent la musique et ce qu’elle leur apporte au niveau personnel. Notre intérêt initial ne se portait par sur la personnalisation, mais au travers des entretiens il est apparu que la musique peut jouer un rôle important et soutenant dans ce processus. Approfondir cette question nous semble être un bon moyen d’enrichir la réflexion que cette recherche nous à déjà permis de mener.
URI: http://dante.univ-tlse2.fr/id/eprint/4410