La photographie paysagère comme outil de conception urbaine et sensible: Le projet d'une image et l'image comme projet..

Levadoux, Laura (2017) La photographie paysagère comme outil de conception urbaine et sensible: Le projet d'une image et l'image comme projet.. [Mémoire]

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Item Type: Mémoire
Creators: Levadoux, Laura
Directeur de recherche: Becheras, Elodie
Divisions: Institut Supérieur Image Design (ISCID)
Diplôme: M2 Design d'espace, couleur, lumière
Subjects: SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES > Urbanisme
SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES > Aménagement du territoire
SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES > Etudes de l'environnement > Environnement et société
SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES > Musées, patrimoine culturel
Abstract: « Homo Spectator, c’est l’homme qui le premier, dans l’obscurité d’une caverne, a inscrit une trace hors de lui. Il a tendu le bras, s’est appuyé sur la paroi, a enduit sa main de pigments, l’a retirée. Il a vu alors l’image de sa main, la première image de lui-même. Le message de cette lointaine humanité est précieux. Sans séparation, il n’y a pas d’image et l’homme est sans regard. Le spectateur est l’œuvre de nos mains. » Ce préambule est une introduction à ce rapport à notre vivant et à notre recherche continuelle de perception-compréhension de notre environnement. Définir notre espace est avant tout se définir soit même. Une fois la mise en abîme de notre rôle et de notre impact sur nos espaces, on vient prendre conscience de la représentation de celui-ci, par un questionnement autour de la notion de paysage. Le paysage étant un ensemble des conditions matérielles, intellectuelles formant l’environnement de quelqu’un, de quelque chose. Cette représentation passe, historiquement, d’abord au travers du médium pictural puis par le biais de la photographie. Chacun de ces médiums révélera de nouveaux enjeux sur une pensée paysagère, humaine et urbaine. C’est cette relation entre regard-paysage-photographie que je souhaite développer au sein de ce mémoire. Il me semble important de partir de ce postulat où la photographie, dés son invention, au XIXe siècle, incarne la technique de conservation du réel par excellence et une méthode de représentation de notre environnement paysagé. De nos jours, la réflexion est différente, comme le décrit Emmanuel Alloa « Nous sommes perpétuellement surexposés aux images, nous interagissons même avec elles, mais si quelqu’un nous demandait de lui expliquer ce qu’est une image, nous serions bien en peine de lui fournir une réponse ». L’image est une forme de représentation certes, mais laquelle ? C’est justement toutes ces caractéristiques qui permettront de mieux appréhender ce qui nous entoure et de mieux travailler avec. L’image tend à se décliner d’elle-même en une multitude de formes plurielles et à se démultiplier dans une multitude de champs d’action. L’image photographique ne possède donc pas une interprétation unique. D’autant plus que le terme lui-même, à la base, a plusieurs sens, comme l’ont montré les différentes sciences qui l’ont amené et s’en sont servi dans plusieurs terrains d’investigation, telle que la sociologie, l’anthropologique, la biologique, l’esthétique, l’art ou la philosophie. Cette représentation pose un certain nombre de questionnements, depuis plusieurs années nous sommes dans une pratique d’archivage de la planète, de sauvegarde du patrimoine et d’une forme de « reconception » de l’espace pratiqué. Aujourd’hui, nous admettrons le mobile, le changeant et l’indéterminé. La photographie de paysage est un support d’action pouvant révéler des contraintes, des besoins, des atouts, des manques si l’on sait la lire et s’en servir. Elle a connu une profonde mutation en termes de représentation, d’interprétation et de regard, c’est pourquoi le photographe a dû trouver sans cesse de nouveaux moyens pour proposer un équilibre entre une vision singulière et un paysage qu’il lui faut montrer dans une vérité en constante évolution. À présent, nous vivons dans le règne des écrans, artefacts qui déclenchent une information lumineuse dans lequel notre perception y est altérée. Nous oscillons, entre réel et virtuel, dans un univers hybride. L’image, à la base, langage créateur de pensée, se noie dans sa multitude et perd progressivement sa capacité à communiquer du sens. L’homme se doit donc de faire le tri, de rester en permanence en état de doute par rapport à ce que ses yeux et sa pensée ingurgitent. Il doit suspendre son jugement pour commencer à réfléchir selon sa propre sensibilité. Selon la pensée cartésienne, le doute ouvre à la connaissance et permet de débuter un processus de création. La photographie est un médium essentiel dans la prise de conscience de ce qui nous entoure afin d’en garder une trace. C’est aussi un outil de pensée amenant vers une réflexion créative et demeure un intermédiaire de communication. De par sa représentation, elle nous propose à voir sur sa surface mais aussi de par sa qualité immersive, graphique, chromatique et de texture, la photographie peut apporter ou être à la genèse de projet urbain. Mais de quelles manières la photographie paysagère peut-elle devenir un outil de pensée et de conception sensible ? Afin d’esquisser une réponse à cette problématique, je travaillerai mon propos en gardant en principe : LE PROJET D’UNE IMAGE, L’IMAGE COMME PROJET. De là découlent plusieurs questionnements : Quelles informations la photographie transmet-elle? Et par quelles influencent ? Quel est le pouvoir sensible et poétique du paysage et du territoire sur les représentations photographiques ? Et enfin, quel est l’impact de la photographie dans un processus créatif ? En somme, comment le paysage, comme image et comme représentation, devient-il source et ressource de recherche plastique et conceptuelle? En premier lieu, j’aborderai les différents rôles de la photographie. L’importance de l’observation et de la compréhension de notre environnement se traduit d’abord par une identification de notre paysage commun. La photographie comme support d’identification fait émerger des inventions scientifiques qui sont la source d’une possible matérialité du réel. Cette matérialité passe indéniablement sous le regard d’un aspect sociologique et psychologique. Ce support identificatoire nous emmène par la suite vers une notion d’inventorisation de nos espaces et de notre planète. Effectivement, inventorier permet d’archiver notre territoire afin de comprendre son évolution. Le paysage et la photographie sont comme des métaphores de nos activités et de nos découvertes. Ces deux notions d’observation et d’inventorisation ont joué un rôle pour remédier à cet écart entre le paysage vécu et le paysage perçu autant en peinture qu’en photographie. En effet à partir de ce moment, la notion d’esthétique est revalorisée. L’image n’est plus juste une preuve mais devient un médium de valorisation. On ne produit plus des images mais on pratique de manière sensible des espaces afin d’en proposer de nouveaux regards. Cela fait évoluer la pratique photographique en elle-même et la relation entre l’espace et l’homme afin de repenser la politique visuelle dans le but final de changer la perception du territoire.La vie est faite de mouvement et l’essence du mouvement est insaisissable. Après avoir questionné les fonctions et les rôles que la photographie peut nous apporter, nous prolongerons notre réflexion sur le rapport de l’homme avec l’espace qu’il pratique. Effectivement la photographie reste un outil de retranscription, mais à quel moment choisissons-nous de l’utiliser ? Est-ce anodin ? Pourquoi ce lieu, ce cadrage ? Retranscrire un espace urbain, travailler avec lui est avant tout capter son essence. Comment l’espace s’exprime-t-il à nous ? Cette forme de sensibilité mélangée à l’espace urbain ou paysagé est une première approche créative. Enfin au-delà de la prise de vue, et du territoire lui-même, la photographie est un outil. J’évoquerai alors les autres champs d’inspirations que la photographie permet de mettre en exergue afin de les transposer à d’autres champs du design et de l’art. Elle permet d’ériger des processus créatifs par le biais d’une sensibilité ou d’une plasticité mais aussi une manière de transmettre par l’action de voir et surtout source d’un imaginaire inépuisable. Comment ces éléments peuvent-ils modifier l’implication du spectateur face à l’image et lui donner plus de liberté pour la ressentir, la faire sienne à partir de son expérience du monde ? Nous découvrirons ainsi, en m’appuyant sur des exemples, comment une photographie « ouverte » peut offrir un espace pour que le souvenir, et l’émotion qui l’accompagne puissent émerger. C’est peut-être par ce biais que nous pourrons enfin approcher la photographie comme un outil sensible et de conception urbaine.
URI: http://dante.univ-tlse2.fr/id/eprint/4531