Du rythme à la parole : effet d’amorces rythmiques langagières, non langagières et musicales modulées par l’engagement moteur sur le temps d’initiation de la parole
- Gindre, Anne-Flore (19..-....) (2024)
Thèse
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- Du rythme à la parole : effet d’amorces rythmiques langagières, non langagières et musicales modulées par l’engagement moteur sur le temps d’initiation de la parole
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- From rhythm to speech: effect of linguistic, non-linguistic, and musical rhythmic primings modulated by motor engagement on speech initiation time
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- 26 septembre 2024
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- Rythme
- Parole
- Sensorimotricité
- Supramodalité du rythme
- Amorçage
- Temps d'initiation de la parole
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- Rhythm
- Speech
- Sensorimotor integration
- Rhythm supramodality
- Priming
- Speech initiation time
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Le rythme dans la parole est un phénomène complexe qui repose sur deux processus hiérarchiques pour décoder efficacement le signal continu de parole et permettre l’accès au sens : la segmentation en groupements pertinents (constituants prosodiques) et l’extraction d’une pulsation (récurrence des proéminences accentuelles). Les proéminences accentuelles attirent et guident l’attention de l’auditeur de syllabe accentuée en syllabe accentuée, instaurant une structure métrique sous-jacente qui permet d’anticiper les proéminences à venir, ce qui facilite leur traitement. Le paradigme de l’amorçage rythmique repose sur ce principe : les rythmes attentionnels de l’auditeur se couplent sur les périodicités d’un signal rythmique externe complexe (parole, musique), installant des repères temporels et métriques qui facilitent la perception et induisent également une structure métrique qui organise la production de parole subséquente.
Lorsque le rythme du flux de parole d’un locuteur ou les capacités de synchronisation rythmique d’un auditeur sont affectés, le couplage entre un rythme externe (parole) et les rythmes attentionnels peut être impacté, ce qui peut affecter la communication. Certains protocoles utilisent ainsi le rythme comme outil de rééducation de la parole et du langage. Cependant, l’effet différentiel des modalités rythmiques utilisées (auditif, moteur, verbal, musical) n’est généralement pas investigué, ce qui nous a amené à questionner l’effet de différents amorçages rythmiques sur le temps d’initiation de la parole. De plus, afin d’explorer plus avant le caractère supramodal du rythme, nous avons aussi questionné l’existence d’une période de référence supramodale et l’hypothèse d’un partage de mécanismes cognitifs pour le traitement du rythme et du langage.
Pour répondre à ces questionnements, nous avons élaboré un protocole expérimental constitué de deux activités réalisées par un échantillon de 40 adultes francophones neurotypiques. Dans une première activité visant à caractériser les capacités de traitement du rythme, nous avons recueilli des mesures relatives au Tempo Moteur Spontané (TMS) (période de référence et stabilité) et à la Synchronisation Sensori-Motrice (SMS) (stabilité et précision de la SMS). Dans une seconde activité (tâche de lecture à haute voix après différents types d’amorçages rythmiques, modulés par l’engagement moteur), nous avons analysé les erreurs de lecture et le Temps d’Initiation (TI) de la parole.
Nos résultats rapportent une fenêtre temporelle proche entre le TMS moyen global (712 ms) et le TI moyen de la parole (873 ms), sans que ces mesures soient corrélées. Concernant l’effet de l’amorçage rythmique sur la facilitation de la production de parole, nos résultats montrent un effet facilitant d’un amorçage auditif avec engagement moteur du participant par rapport à un amorçage auditif sans engagement moteur, ainsi qu’un effet facilitant d’un amorçage de type non langagier par rapport à un amorçage langagier (effet significatif) et un amorçage musical (tendance). Nos résultats montrent une différence de sensibilité à la congruence métrique de l’amorçage selon la structure métrique de l’amorce. Enfin, concernant l’hypothèse de mécanismes cognitifs partagés entre le traitement du rythme et du langage, nos résultats montrent que les participants les plus stables et précis dans les tâches de TMS et de SMS présentent un TI le plus lent et un nombre d’erreurs de lecture moindre (tendance).
Notre étude encourage ainsi à intégrer différentes modalités rythmiques comme perspective en remédiation de troubles de la parole, notamment l’amorçage rythmique auditif avec engagement moteur et l’amorçage rythmique de type vocal non langagier. Notre étude encourage d’autre part à affiner les hypothèses à propos de mécanismes cognitifs partagés entre rythme et langage, dans le but de mieux tenir compte des capacités de traitement du rythme pour l’évaluation des capacités de traitement du langage.
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Le rythme dans la parole est un phénomène complexe qui repose sur deux processus hiérarchiques pour décoder efficacement le signal continu de parole et permettre l’accès au sens : la segmentation en groupements pertinents (constituants prosodiques) et l’extraction d’une pulsation (récurrence des proéminences accentuelles). Les proéminences accentuelles attirent et guident l’attention de l’auditeur de syllabe accentuée en syllabe accentuée, instaurant une structure métrique sous-jacente qui permet d’anticiper les proéminences à venir, ce qui facilite leur traitement. Le paradigme de l’amorçage rythmique repose sur ce principe : les rythmes attentionnels de l’auditeur se couplent sur les périodicités d’un signal rythmique externe complexe (parole, musique), installant des repères temporels et métriques qui facilitent la perception et induisent également une structure métrique qui organise la production de parole subséquente.
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As a complex rhythmic phenomenon, speech relies on two hierarchical processes to effectively decode the continuous speech signal and allow access to meaning: segmentation into relevant groupings (prosodic constituents) and extraction of a beat (recurrence of accentual prominences). Rhythm in speech thus provides valuable cues for segmenting the auditory stream and also structures production. Accentual prominences attract and guide the listener's attention from stressed syllable to stressed syllable, establishing an underlying metric structure from which the listener can anticipate the location of upcoming prominences, facilitating their processing. The rhythmic priming paradigm is based on this principle: a listener's attentional rhythms couple with the periodicities of a complex external rhythmic signal (speech, music), establishing temporal and metric markers that facilitate perception and also induce a metric structure organizing subsequent speech production.
In case of disturbances of a speaker’s speech rhythm or a listener's rhythmic synchronization, the coupling between an external rhythm (speech) and attentional rhythms may be impacted, which may affect communication. Some protocols thus use rhythm as a tool for speech and language rehabilitation. However, the differential effect of the rhythmic modalities used (auditory, motor, verbal, musical) is generally not compared. In this study, we propose to investigate this question, to identify the most facilitating rhythmic priming for speech initiation. Moreover, to further explore the supramodal nature of rhythm and its impact on speech and language, we also questioned the existence of a supramodal referent period and the hypothesis of shared underlying cognitive mechanisms for rhythm and language processing.
These questions were tested with a sample of 40 French-speaking adults through two experimental activities. In Activity 1 (characterization of rhythm processing abilities), we collected measures related to Spontaneous Motor Tempo (SMT) (referent period and stability) and Sensorimotor Synchronization (SMS) (SMS stability and precision). In Activity 2 (reading aloud after rhythmic priming), we observed the number of errors and Speech Initiation Time (SIT).
Our results report a close temporal window between the average SMT (global average SMT = 712 ms) and SIT (global average SIT = 873 ms), albeit not correlated. Regarding the effect of rhythmic priming on facilitating speech production, our results show a facilitating effect of auditory-motor priming compared to auditory priming alone, as well as a more facilitating effect of non-linguistic priming compared to linguistic priming (significant effect) and musical priming (trend). Our results show a difference in sensitivity to the metric congruence of the priming, depending on the metric structure of the prime. Finally, regarding the hypothesis of shared cognitive mechanisms between rhythm and language processing, our results show that the participants who are the most stable and precise in SMT and SMS tasks show the slowest SIT and make the fewest reading errors.
Thus, our study encourages the integration of different rhythmic modalities in speech disorder remediation perspectives, particularly auditory rhythmic priming with motor rhythms and non-linguistic vocal rhythmic priming. Furthermore, our study encourages continued research on the hypothesis of shared cognitive mechanisms between rhythm and language processing to better integrate measures of rhythm processing abilities in language assessment.
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As a complex rhythmic phenomenon, speech relies on two hierarchical processes to effectively decode the continuous speech signal and allow access to meaning: segmentation into relevant groupings (prosodic constituents) and extraction of a beat (recurrence of accentual prominences). Rhythm in speech thus provides valuable cues for segmenting the auditory stream and also structures production. Accentual prominences attract and guide the listener's attention from stressed syllable to stressed syllable, establishing an underlying metric structure from which the listener can anticipate the location of upcoming prominences, facilitating their processing. The rhythmic priming paradigm is based on this principle: a listener's attentional rhythms couple with the periodicities of a complex external rhythmic signal (speech, music), establishing temporal and metric markers that facilitate perception and also induce a metric structure organizing subsequent speech production.
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Citation bibliographique
Gindre, Anne-Flore (19..-....) (2024), Du rythme à la parole : effet d’amorces rythmiques langagières, non langagières et musicales modulées par l’engagement moteur sur le temps d’initiation de la parole [Thèse]