Dénaturaliser le musée, pluraliser les savoirs. Une ethnographie des services patrimoniaux du Muséum d'histoire naturelle de Toulouse
- Dufau, Magali (1989-.... ; docteure en Anthropologie sociale et historique) (2025)
Thèse
- Numéro national de thèse
- 2025TLSEJ018
- Titre en français
- Dénaturaliser le musée, pluraliser les savoirs. Une ethnographie des services patrimoniaux du Muséum d'histoire naturelle de Toulouse
- Titre en anglais
- Denaturalising the museum, pluralising knowledge. An ethnography of the heritage services of the Natural History Museum of Toulouse (France)
- Directeur de recherche
- Adell, Nicolas (1978-.... ; ethnologue)
- Date de soutenance
- 27 mai 2025
- École doctorale
- TESC : Temps, Espace, Société, Culture
- Unité de recherche
- Laboratoire Interdisciplinaire Solidarités, Sociétés, Territoires - LISST
- Mots-clés en français
- Savoirs
- Collections
- Muséum d'histoire naturelle
- Mots-clés en anglais
- Knowledge
- Collections
- Natural history museum
- Résumé en français
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Ouvert aux publics en 1865, le muséum d'histoire naturelle de Toulouse constitue l'un des piliers de la culture scientifique, technique et industrielle de Toulouse Métropole. Il abrite des fonds patrimoniaux estimés à près de 2,5 millions d'items associés aux différentes disciplines issues de l'histoire naturelle. Ces collections mixtes se rattachent aujourd'hui principalement aux sciences du vivant (botanique, zoologie, ostéologie, paléontologie, paléoanthropologie) et de la matière (minéralogie, géologie) mais aussi en partie aux sciences culturelles (préhistoire, archéologie, anthropologie culturelle). Depuis sa conception, l'établissement se définit comme un "musée de sciences" et ce paradigme "scientifique" y reste prégnant. Il est d'abord au cœur de la catégorisation des collections organisées selon des logiques propres à chaque discipline. Ce principe scientifique produit aussi des effets structurants sur l'organisation des espaces, la répartition des missions et l'association des personnels à une discipline. De fait, il génère de façon parallèle des effets excluants envers une diversité de savoirs considérés comme non scientifiques - qu'ils soient associés aux collections (savoirs autochtones) ou qu'ils soient mis en œuvre dans les divers projets de valorisation (savoirs pratiques liés à la scénographie ou encore à la médiation scientifique).
Par une démarche ethnographique menée entre 2017 et 2022 dans les services patrimoniaux de l'établissement, cette recherche s'attache à décrire la diversité des savoirs mis en œuvre autour des collections, depuis la conservation jusqu'à la médiation. Cette approche empirique des pratiques professionnelles par le suivi des projets qui rythment la vie du musée implique de s'affranchir des divisions qui compartimentent souvent les études muséales : la division entre spécimens naturels et artefacts culturels qui reproduit l'opposition dualiste entre nature et culture, la division entre musée du Nous et musée des Autres qui reproduit l'opposition dualiste entre identité et altérité, et la division entre une perspective orientée sur les objets (histoire des collections, sciences de la conservation et de la régie des oeuvres) et une perspective orientée sur les publics (muséologie, sciences de l'information et de la communication) qui reproduit l'opposition dualiste entre humains et non-humains.
Cette thèse analyse ainsi les processus multiples de production et de recomposition des collections et des savoirs sur les plans matériels (taxidermie, moulages et autres préparations destinées à conserver les objets) et immatériels (recherches collaboratives avec les communautés d'origine des collections, narrations produites dans les offres destinées aux publics). Elle s'inscrit dans une longue tradition d'études menées sur les musées et contribue à alimenter le domaine de l'anthropologie des savoirs tout en puisant des inspirations dans les études de sociologie des sciences et des techniques ainsi que des humanités environnementales. Elle manifeste enfin une posture impliquée, construite dès l'origine du projet de recherche comme un dialogue entre pratiques professionnelles et perspectives critiques, à mettre en lien avec l'émergence à l'échelle internationale d'un mouvement de redéfinition du rôle social des musées et d'essor de la muséologie sociale d'influence brésilienne. - Résumé en anglais
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Opened to the public in 1865, the Natural History Museum of Toulouse is a key pillar of the municipality's scientific, technical and industrial culture. It holds heritage assets estimated at nearly 2.5 million items associated with the various disciplines of natural history. Today, these mixed collections relate mainly to the living sciences (botany, zoology, osteology, paleontology, paleoanthropology) and material sciences (mineralogy, geology), but also partly to the cultural sciences (prehistory, archaeology, cultural anthropology). Since its conception, the museum has been defined as a “science museum”, and this “scientific” paradigm is still prevalent today. First and foremost, it forms the core of the categorization of the collections, which are organized according to the logics inherent to each discipline. This scientific paradigm also produces structuring effects on the organization of spaces, the distribution of missions and the affiliation of employees to a discipline. At the same time, it also excludes a diversity of knowledge deemed to be non-scientific - whether associated with the collections (indigenous knowledge) or implemented in the various projects (practical knowledge linked to scenography or scientific mediation).
Based on an ethnographic approach conducted between 2017 and 2022 in the heritage departments of the museum, this research aims to describe the diversity of knowledge applied to the collections, from conservation to mediation. This empirical understanding of professional practices by following the projects that drive the daily life of the museum means overcoming the divisions that often fragment museum studies: the division between natural specimens and cultural artefacts, which reproduces the dualistic opposition between nature and culture; the division between the museum of the We and the museum of the Others, which reproduces the dualistic opposition between identity and otherness; and the division between an object-oriented perspective (history of collections, conservation and management sciences) and a public-oriented perspective (museology, information and communication sciences), which reproduces the dualistic opposition between humans and non-humans.
This doctoral thesis analyses the numerous processes involved in the production and recomposition of collections and knowledge, both in material terms (taxidermy, casts and other preparations designed to preserve objects) and in immaterial terms (collaborative research with the communities from which the collections come, narratives produced for public animations). It is part of a long tradition of museum studies and contributes to the anthropology of knowledge, while drawing inspiration from studies in the sociology of science and technology, and environmental humanities. Last but not least, it reflects a committed approach, built from the outset of the research project as a dialogue between professional practices and critical perspectives, to be linked with the rise of an international movement towards a redefinition of the social role of museums, and the development of Brazilian-influenced social museology.
Citation bibliographique
Dufau, Magali (1989-.... ; docteure en Anthropologie sociale et historique) (2025), Dénaturaliser le musée, pluraliser les savoirs. Une ethnographie des services patrimoniaux du Muséum d'histoire naturelle de Toulouse [Thèse]