Défier la norme : la revanche des « laides ». Femmes et laideur dans les dramaturgies et sur les scènes du XXe et XXIe siècles
- Leri, Andréa (2025)
Thèse
- Numéro national de thèse
- 2025TLSEJ040
- Titre en français
- Défier la norme : la revanche des « laides ». Femmes et laideur dans les dramaturgies et sur les scènes du XXe et XXIe siècles
- Titre en anglais
- Defying the norm : the revenge of
- Auteur
- Leri, Andréa
- Directeur de recherche
- Plana, Muriel
- Co-directeur de recherche
- Corrons, Fabrice
- Date de soutenance
- 4 juillet 2025
- École doctorale
- ALLPH@ : Arts, Lettres, Langues, Philosophie, Communication
- Diplôme
- Doctorat en Arts du spectacle
- Unité de recherche
- Lettres, Langages et Arts – Création, Recherche, Émergence en Arts, Textes, Images, Spectacles - LLA CREATIS
- Sujet
- Théâtre
- Mots-clés en français
- Femmes
- Laideur
- (Hors) normes
- Corps
- Esthétiques théâtrales
- Genre
- Mots-clés en anglais
- Women
- Ugliness
- Standards / out of the norm
- Body
- Theatrical aesthetics
- Gender
- Résumé en français
-
La profusion des images de corps féminins, le culte qui les entoure et les sollicitations permanentes de la consommation ne valorisent qu’un seul et unique modèle de féminité en activant et réactivant des représentations types : corps jeunes, élancés, minces, blancs, séduisants et sexualisés. La femme ne peut exister, n’avoir de valeur aux yeux de la société, qu’à la condition de préserver et parfaire ses attraits physiques en incarnant un « idéal de féminité ».
Dans cet ambitieux horizon d’attente, la laideur physique n’a nullement sa place. Reléguée au rang des hantises, tel un spectre qui menace sans cesse de frapper, elle demeure un indésirable, un irreprésenté. La femme « laide » est inexistante médiatiquement et semble encore constituer un tabou des arts de l’image. Le théâtre n’échappe pas à ces logiques, quelles que soient ses propositions textuelles ou scéniques. En effet, rares sont les pièces présentant des personnages féminins décrits ouvertement comme « laids ». Lorsque c’est le cas, ces figures n’occupent que des rôles secondaires et sont souvent ridiculisées, méprisées, prises en pitié ou haïes par les autres personnages de la fiction. Aussi la laideur féminine présente dans le texte théâtral pose-t-elle la question de sa mise en scène : sur le plateau, elle est le plus souvent contournée en étant minimisée ou annulée. Par ailleurs, la comédienne jugée « laide » ou soumise malgré elle à différentes formes d’enlaidissement subi (vieillesse, accident, handicaps) ou artificiel (grimage, costume) peut être touchée dans sa carrière, les rôles qu’elle interprète et sa mise en valeur sur la scène théâtrale. Ainsi, au théâtre, les figures de « laides » et leurs représentations sont quasiment inexistantes et/ou peu visibles. Face à cette invisibilisation, notre travail examinera comment les arts de la scène peuvent prendre en charge cet « irreprésenté » à l’aune des textes et des scènes des XXe et XXIe siècles.
À partir d’un corpus croisant textes dramatiques, mises en scène, performances et chorégraphies, notre volonté est d’analyser comment la laideur féminine est représentée ou contournée. En étudiant les stratégies esthétiques (choix dramaturgiques, costumes, dispositifs scéniques) et leurs implications politiques, cette recherche propose de penser la laideur comme une force critique, capable de défier les normes sociales, sexuelles et esthétiques. La femme jugée « laide », présente ou représentée, objectivée ou subjectivée, essentialisée ou épique, se situe au croisement d’un paradoxe : perçue comme fade, sans puissance ni intérêt, aussi triviale qu’insignifiante, elle est pourtant hors-norme, a-normale, illogique, au sens où elle résiste – volontairement ou non – aux normes historiquement et culturellement situées.
Nous explorerons trois modalités de la manifestation de la laideur féminine au théâtre, d’un point de vue esthétique et politique : le traitement du personnage de la femme « laide » dans les textes dramatiques ; la mise en scène de cette laideur en relation avec les autres personnages et avec l’interprète ; et enfin, la considération de la comédienne ou de la performeuse confrontée au jugement de laideur dans la réalité de son corps. Nous montrerons comment ces trois strates s’articulent. - Résumé en anglais
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The abundance of female bodies pictures, the cult surrounding them, and the constant pressures of consumerism enhance only one model of femininity by activating and reactivating a set of normative representations : bodies must be young, slender, tall, white, seductive and sexualized. Women can only exist and acquire social value if they maintain and perfect their beauty in order to embody the “ideal of femininity”. Ugliness cannot exist in this world of high expectations. It is relegated to the realm of fears, like a specter constantly threatening to strike, being undesirable, unrepresented. The "ugly" woman is virtually absent from the media and is still invisible in the visual arts. This dynamic is also played out in drama, regardless of its textual or scenic approach. Indeed, only few plays introduce female characters openly described as "ugly." When they do exist, these figures are most often marginalized as supporting character and the other characters in the fiction spend most of their time to ridicule, to despise, to pity or to hate them. How to stage the female ugliness? On stage, the ugly woman is minimized or cancelled. Moreover, an actress deemed “ugly” or subjected to various forms of involuntary (old age, accident, disability) or artificial ugliness (make-up, costume) can be affected in her career or in the roles she plays. Thus, in the theatre, “ugly” characters and their representations are absent or barely visible. We will explore how the performing arts can deal with this “unrepresented” in the light of twentieth and twenty-first-century texts and scenes.
Based on a corpus of dramatic texts, stage productions, performances and choreographies, we will analyse how female ugliness is represented or avoided. We will study aesthetic strategies (dramaturgical choices, costumes, scenic devices) and their political implications to think ugliness as a critical force, as a social, sexual and aesthetic challenge to the norm. Present or represented, objectified or subjectivized, essentialized or epic, the “ugly” woman is at the crossroads. She is perceived as bland, powerless and insignificant. But she is also outside the norm, a-normal, illogical, because she resists – whether voluntarily or not – against historically and culturally situated norms.
We will explore three modalities of the demonstration of female ugliness in the theatre, from an aesthetic and a political perspective : the treatment of the "ugly" female character in dramatic texts; the staging of this ugliness in relation to other characters and to the performer; and finally, how the actress or the performer is looked at when she is confronted with the judgment of her “real” ugliness. We will show how these three levels are articulated with each other. - Accès au document
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Citation bibliographique
Leri, Andréa (2025), Défier la norme : la revanche des « laides ». Femmes et laideur dans les dramaturgies et sur les scènes du XXe et XXIe siècles [Thèse]