Lutter contre la xénophobie par la cohésion sociale : la (dé)politisation ambivalente d’une mobilisation sans protestation dans la ville du Cap
- Fortaillier, Léo ; Fortaillier, Léo (1993-.... ; docteur en Sociologie) (2025)
Thèse
- Numéro national de thèse
- 2025TLSEJ072
- Titre en français
- Lutter contre la xénophobie par la cohésion sociale : la (dé)politisation ambivalente d’une mobilisation sans protestation dans la ville du Cap
- Titre en anglais
- Fighting xenophobia through social cohesion: the ambivalent (de)politicisation of a mobilisation without protest in Cape Town
- Directeur de recherche
- Arnaud, Lionel (1971-.... ; sociologue)
- Date de soutenance
- 3 octobre 2025
- École doctorale
- TESC : Temps, Espace, Société, Culture
- Diplôme
- Doctorat en Sociologie
- Unité de recherche
- Laboratoire des Sciences Sociales du Politique - LASSP
- Mots-clés en français
- ONG
- Cohésion sociale
- Migrants
- Afrique du Sud
- Empowerment
- (Dé)politisation
- Mots-clés en anglais
- NGO
- Social cohesion
- Migrants
- South Africa
- Empowerment
- (De)politicization
- Résumé en français
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La thèse explore l’ambivalence des processus de (dé)politisation à l’œuvre au sein de programmes portés par des ONG du Cap, en Afrique du Sud, qui visent à lutter contre la xénophobie. Elle s’appuie sur une enquête ethnographique et socio-historique menée entre 2016 et 2019 au sein de ces programmes. Cette méthodologie a permis d’établir une monographie comparée attentive à la fois aux points communs et aux spécificités de chaque cas étudié.
L’enquête mobilise une grille de lecture tripartite du « politique » : institutionnelle, interactionniste et conversationnelle. L’approche institutionnelle permet d’abord de comprendre la construction sociale de la dépolitisation en tant que processus de labellisation, au travers notamment de la catégorie de « cohésion sociale ». Cette « politique de la dépolitisation » passe par des jeux d’acteurs et de positionnement visant à tenir à distance toute qualification explicitement politique, en s’appuyant sur des dispositifs de formations, de dialogue, ou mobilisant des formes d’agir culturel. Or, c’est précisément à cette dimension institutionnelle que se limitent nombre d’analyses classiques sur les ONG. Si cette première étape est nécessaire, elle demeure insuffisante : les résultats produits restant aveugles aux dimensions interactionnistes et conversationnelles qui permettent de saisir le retour ambivalent du refoulé politique. L’approche interactionniste permet d’appréhender les tensions et difficultés liées à la mise en œuvre concrète d’instruments présentés comme dépolitisés, lorsqu’ils rencontrent le terrain – en l’occurrence, les townships du Cap. Ces dispositifs sont en effet mobilisés par des acteur·rices plus ou moins éloigné·es de leurs logiques, qui disposent de marges de manœuvre pour s’en saisir, les contourner, voire les réinterpréter. L’approche conversationnelle, qui insiste sur la façon dont le politique peut être repéré et construit dans les discours et la dénonciation publique, permet alors d’appréhender que cette rencontre se traduit parfois par une repolitisation partielle, souvent limitée et ambigüe.
In fine, l’analyse de cette dialectique entre les programmes, celles et ceux qui les mettent en œuvre et les contextes locaux permet de dépasser l’idée d’une dépolitisation descendante et linéaire transmise du niveau international au niveau local, et d’appréhender au contraire des processus de traduction, d’ajustement ou de résistance. Les outils de la sociologie des mouvements sociaux, souvent centrés sur des engagements explicites et revendicatifs ne permettant pas toujours de saisir les ambiguïtés des mobilisations sans protestation, nous les complétons par ceux de la sociologie de l’institution, de l’action publique et de la socio-anthropologie du développement, plus attentifs aux circulations, aux ambivalences et aux ajustements entre niveaux d’action. - Résumé en anglais
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This thesis explores the ambivalence of (de)politicisation processes at work in NGO antixenophobia programmes in Cape Town, South Africa. It is based on an ethnographic and socio-historical survey conducted between 2016 and 2019 within these programmes. This methodology has made it possible to draw up a comparative monograph that takes into account both the common points and the specific features of each case studied.
The research uses a tripartite approach to “politics”: institutional, interactionist and conversational. The institutional approach allows an understanding of the social construction of depoliticisation as a labelling process, in particular through the category of “social cohesion”. This ‘politics of depoliticisation’ takes the form of an interplay of actors and positions designed to keep any explicitly political characterisation at bay, by relying on training and dialogue mechanisms, or mobilising forms of cultural action. Yet it is precisely on this institutional dimension that many traditional analyses of NGOs are confined. While this first step is necessary, it is insufficient: the results produced remain blind to the interactionist and conversational dimensions that enable a grasp of the ambivalent return of the repressed political dimension. The interactionist approach allows an understanding of the tensions and difficulties linked to the concrete implementation of instruments presented as depoliticised, when they encounter the field - in this case, the townships of Cape Town. These mechanisms are mobilised by actors who are more or less remote from their logic, and who have room to manoeuvre in order to seize them, circumvent them or even reinterpret them. The conversational approach, which focuses on the way in which the political can be identified and constructed in discourse and public denunciation, enables us to understand that this encounter sometimes results in a partial, often limited and ambiguous repoliticisation.
Ultimately, analysis of this dialectic between programmes, those who implement them and local contexts enables us to go beyond the idea of a top-down, linear depoliticisation transmitted from the international to the local level, and instead to understand processes of translation, adjustment or resistance. The tools of the sociology of social movements, which often focus on explicit commitments and demands, do not always allow us to grasp the ambivalence of mobilisations without protest, and we supplement them with those of the sociology of institutions, public action and the socio-anthropology of development, which are more attentive to circulations, ambivalence and adjustments between levels of action. - Accès au document
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Citation bibliographique
Fortaillier, Léo (2025), Lutter contre la xénophobie par la cohésion sociale : la (dé)politisation ambivalente d’une mobilisation sans protestation dans la ville du Cap [Thèse]