La construction transnationale des identités nationales. Trajectoires, réseaux et idées d’intellectuels péruviens en Europe, années 1890-1933
- Razous, Coralie (1991-.... ; docteure en Histoire) (2025)
Thèse
Accès restreint
- Numéro national de thèse
- 2025TLSEJ087
- Titre en français
- La construction transnationale des identités nationales. Trajectoires, réseaux et idées d’intellectuels péruviens en Europe, années 1890-1933
- Titre en anglais
- The Transnational Construction of National Identities. Trajectories, Networks, and Ideas of Peruvian Intellectuals in Europe, 1890s–1933
- Directeur de recherche
- Rose, Sonia V. (1957-....)
- Date de soutenance
- 14 novembre 2025
- École doctorale
- TESC : Temps, Espace, Société, Culture
- Diplôme
- Doctorat en Histoire
- Unité de recherche
- France, Amériques, Espagne - Sociétés, pouvoirs, acteurs - FRAMESPA
- Sujet
- Histoire contemporaine
- Mots-clés en français
- Pérou
- Intellectuel
- Hispanisme
- Nationalisme
- Fascisme
- Panaméricanisme
- Mots-clés en anglais
- Peru
- Intellectual
- Hispanism
- Nationalism
- Fascism
- Panamericanism
- Résumé en français
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Notre travail de thèse, inscrit dans le domaine de l’histoire des intellectuels et de l’histoire intellectuelle, propose d’étudier deux figures majeures de l’histoire du Pérou républicain, José de la Riva-Agüero (1885-1944) et Francisco García Calderón (1883-1953), contraints à l’exil en Europe (France, Espagne, Italie) durant les années 1920. Le coup d’État du 4 juillet 1919 au Pérou entraîne en effet une rupture pour l’élite qui dominait, jusque-là, le pays et à laquelle ils appartiennent.
Issus de l’aristocratie coloniale espagnole et membres du corps diplomatique en Europe, ils font office de figures du transnational et de passeurs culturels entre deux mondes. Sensibles aux idéologies de l’entre-deux-guerres comme le fascisme, le carlisme ou le royalisme de l’Action française, ils participent à forger une identité péruvienne depuis l’Europe, tendant parfois à rendre « exotique » ou à « orientaliser » leur propre pays. Le lieu réel de l’exil pour ces membres d’une élite américaine « européanisée » oscille entre l'Europe et les Amériques. Ainsi, l'étude de la polysémie de la notion d’intellectuel permet de comprendre la construction transnationale des identités nationales.
Un premier axe revient sur le « terreau intellectuel » (Sirinelli) des deux intellectuels entre les années 1880 et 1919. L’examen de leur scolarité, de leurs études, de leur sociabilité universitaire au Pérou et de leurs premières œuvres permet de dresser des généalogies d’élèves et de maîtres. Ces derniers sont déclinés en maîtres spirituels desquels ils s’inspirent et en maîtres intermédiaires qui introduisent les deux étudiants dans la res publica. À cette synchronie, nous croisons une perspective diachronique pour penser les deux étudiants au sein d’une génération intellectuelle.
Un deuxième axe aborde les trajectoires, les pratiques sociales et les réseaux savants des deux intellectuels en Europe entre 1919 et 1930. Riva-Agüero et García Calderón gravitent dans de nombreux cercles, clubs, associations, académies à Paris, Madrid, Rome. Cette multi-appartenance croise des réseaux d’universitaires européens et d’intellectuels latino-américains établis de longue date en Europe. Elle soutient aussi une activité intellectuelle prolifique et transnationale. La densité de leur sociabilité révèle à quel point ils sont introduits dans les milieux mondains des hautes sociétés européennes. Appartenant à une « classe de loisirs », adeptes de la généalogie et des villes d’eaux thermales, ils semblent appartenir à une « internationale aristocratique » et cosmopolite.
Enfin, un troisième axe étudie la fabrique de la pensée de ces deux lettrés, hors du paradigme de l’influence européenne vers l’Amérique latine. En effet, envisagée dans une logique de circulation des idées, leur production intellectuelle représente une vision du Pérou depuis l’Europe, voire par l’Europe. Pour comprendre à quel point les outils heuristiques dont ils font l’usage sont transnationaux, cet axe s’attarde sur l’historicisation de la dichotomie barbarie-civilisation dans l’espace Euro-Amérique. La dichotomie, chez Riva-Agüero et García Calderón, est une grille par laquelle ils pensent le monde qui les entoure et par laquelle ils forgent une identité nationale dans une logique transnationale. - Résumé en anglais
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Our doctoral research, situated within the field of the history of intellectuals and intellectual history, sets out to study two major figures of Republican Peru, José de la Riva-Agüero (1885–1944) and Francisco García Calderón (1883–1953), who were forced into exile in Europe (France, Spain, Italy) during the 1920s. The coup d’état of July 4, 1919, in Peru marked a rupture for the elite that had until then dominated the country and to which they belonged.
Descendants of the Spanish colonial aristocracy and members of the diplomatic corps in Europe, they stand as transnational figures and cultural intermediaries between two worlds. Attentive to the ideologies of the interwar years—such as fascism, Carlism, or the monarchism of Action Française—they contributed to shaping a Peruvian identity from Europe, at times tending to “exoticize” or “orientalize” their own country. For these members of a “Europeanized” American elite, the actual locus of exile shifted between Europe and the Americas. Thus, the study of the polysemy of the notion of the intellectual makes it possible to grasp the transnational construction of national identities.
The first line of inquiry focuses on the “intellectual soil” (Sirinelli) of the two intellectuals between the 1880s and 1919. An examination of their schooling, university studies, and social life in academic circles in Peru, along with their early works, makes it possible to reconstruct genealogies of pupils and masters. These masters are divided into spiritual guides, from whom they drew inspiration, and intermediate mentors, who introduced the two students into the res publica. To this synchronic perspective, we add a diachronic one, situating the two students within an intellectual generation.
The second line of inquiry explores the trajectories, social practices, and scholarly networks of the two intellectuals in Europe between 1919 and 1930. Riva-Agüero and García Calderón moved within numerous circles, clubs, associations, and academies in Paris, Madrid, and Rome. Their multiple affiliations connected them with networks of European academics and Latin American intellectuals long established in Europe. These ties also fostered a prolific and transnational intellectual activity. The density of their sociability reveals the extent to which they were integrated into the worldly environments of Europe’s high societies. Belonging to a “leisure class,” with a penchant for genealogy and spa towns, they appear as part of an “aristocratic international” and cosmopolitan world.
Finally, a third line of inquiry examines the making of their thought outside the paradigm of European influence over Latin America. Conceived instead within a logic of circulation of ideas, their intellectual output represents a vision of Peru from Europe—or even through Europe. To understand the transnational nature of the heuristic tools they employed, this line focuses on the historicization of the barbarism–civilization dichotomy within the Euro-American space. For Riva-Agüero and García Calderón, this dichotomy served as a framework for interpreting the world around them and for forging a national identity within a transnational logic. - Accès au document
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Citation bibliographique
Razous, Coralie (1991-.... ; docteure en Histoire) (2025), La construction transnationale des identités nationales. Trajectoires, réseaux et idées d’intellectuels péruviens en Europe, années 1890-1933 [Thèse]