Cuisiner pour « bien vieillir » : les liens entre santé et alimentation développés par et pour les personnes vieillissantes
- Mayer, Julie (1980-.... ; docteure en Sociologie) (2025)
Thèse
- Numéro national de thèse
- 2025TLSEJ091
- Titre en français
- Cuisiner pour « bien vieillir » : les liens entre santé et alimentation développés par et pour les personnes vieillissantes
- Titre en anglais
- Cooking for “healthy ageing”: exploring the links between health and eating habits developed by and for ageing individuals
- Directeur de recherche
- Poulain, Jean-Pierre (1956-.... ; sociologue)
- Co-directeur de recherche
- Tibère, Laurence (1968-.... ; sociologue)
- Date de soutenance
- 27 novembre 2025
- École doctorale
- TESC : Temps, Espace, Société, Culture
- Diplôme
- Doctorat en Sociologie
- Unité de recherche
- Centre d'Étude et de Recherche Travail, Organisation, Pouvoir - CERTOP
- Mots-clés en français
- Sociologie de l'alimentation
- Culinaire
- Sociologie de la santé
- Sociologie du vieillissement
- Personnes âgées - Politique publique
- Prévention santé
- Mots-clés en anglais
- Sociology of food
- Culinary
- Sociology of health
- Sociology of ageing
- Elderly peaple - Public policy
- Health prevention
- Résumé en français
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Cette recherche interroge la manière dont la promotion de la santé par la cuisine se construit, pour et par les personnes vieillissantes. Elle explore les tensions entre des ateliers de prévention portés par une association, qui opérationnalise les politiques publiques, et les expériences singulières, ancrées dans les parcours de vie des participants. La revue de la littérature montre que les politiques publiques tendent à produire une représentation homogène des personnes vieillissantes, souvent décrites comme « en pertes » (physiques et sociales). Elles proposent alors une approche de la prévention centrée sur la responsabilité individuelle, où la cuisine devient un outil au service du « bien vieillir ». Comment, alors, les personnes vieillissantes reçoivent et se réapproprient les ateliers de cuisine prévus pour elles ?
L’approche mobilisée articule déterminisme social et interactionnisme symbolique, pour penser à la fois les inégalités sociales de santé et les ajustements individuels qui s’opèrent dans et par les pratiques culinaires quotidiennes. Cette recherche-action, « embarquée », repose sur une méthodologie mixte, combinant analyses compréhensives (25 observations participantes en atelier, 69 entretiens semi-directifs et 77 documents analysés), et une approche quantitative, reposant sur un questionnaire diffusé aux participants des ateliers (626 répondants).
Les résultats montrent tout d’abord que les participants sont en majorité des femmes, déjà investies dans la cuisine et dans les structures locales accueillant ces dispositifs. L’espace culinaire domestique apparaît souvent pour elles comme un espace potentiel facilitant santé et sociabilité. La cuisine apparaît, dans le même temps, comme un marqueur d’inégalités, car tous les participants des ateliers n’envisagent pas l’activité culinaire dans un objectif de de prévention. Sur ce point, quatre types d’appropriations des normes diététiques sont mises au jour, articulant normes du « bien-manger » et pratiques culinaires, permettant de comprendre les manières dont les participants s’emparent de l’atelier de cuisine.
L’histoire de l’association à l’origine des ateliers illustre les tensions entre une logique militante, valorisant « le vivre-ensemble » à travers une alimentation « conviviale », et les exigences des financeurs publiques, qui visent des preuves mesurables d’améliorations des habitudes alimentaires des personnes âgées. Les réponses aux appels à projets de financement positionnent la cuisine comme source d’autonomie, de lien social, et d’adéquation aux recommandations diététiques. Du côté des participants, les attentes sont liées au rôle de pourvoyeur de soins aux proches et à soi, aux événements de vie, et à la capacité de se saisir de l’atelier en réponse à un besoin, à un moment donné du parcours de vie.
Les effets des ateliers profitent prioritairement aux personnes déjà investies dans l’activité culinaire : elles y renforcent des compétences et en retirent un sentiment de valorisation, renforçant, de fait, un travail de « care alimentaire », déjà plus souvent supporté par les femmes.
À l’inverse, les effets sont plus limités et diffus chez les personnes qui s’en remettent aux intervenants pour obtenir des conseils nutritionnels ou transformer en profondeur leurs pratiques. Leur rapport à l’atelier est alors souvent marqué par un décalage entre attentes et contenus proposés. Ces effets différenciés soulignent un risque de renforcement des inégalités sociales de santé à travers la participation. Enfin, les effets des significatifs résident dans les dimensions relationnelles : bien-être, reconnaissance sociale et renforcement des liens sociaux (« faibles » et « forts »). La cuisine, qu’elle soit menée collectivement ou dans la sphère domestique, se relève ainsi ambivalente : à la fois vecteur de liens et terrain d’inégalités en matière de santé et de travail alimentaire. - Résumé en anglais
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This research examines how health promotion through cooking is constructed, both for and by ageing individuals. It explores the tensions between preventive workshops run by an association, implementing public policies, and the unique experiences rooted in the life trajectories of the participants. The literature review shows that public policies tend to produce a homogeneous representation of ageing individuals, often portrayed as being “in decline” (physically and socially). These policies promote a model of prevention focused on individual responsibility, where cooking becomes a tool to support “health ageing”. The question thus arises: how do ageing individuals receive and reappropriate these cooking workshops designed for them?
The theoretical framework combines social determinism and interactionism, allowing for an analysis of both health inequalities and the individual adjustments that occur in and through everyday culinary practices. This “embedded” action-research is based on a mixed methodology, combining qualitative analysis (25 participant observations in workshops, 69 semi-structured interviews, and 77 documents analysed) with a quantitative approach, using a questionnaire distributed to workshop participants (626 respondents).
The results show that most participants are women already engaged in cooking and in the local structures hosting these workshops. For them, the domestic culinary space often represents a site for health and sociability. At the same time, cooking appears as a marker of inequality: not all participants view culinary activity as a means of prevention. Four types of appropriation of dietary norms were identified, combining “eating well“ norms with culinary practices, shedding light on how participants engage with the cooking workshops.
The history of the association behind the workshop illustrates current tensions between an activist approach, emphasising “conviviality” and “living together” through food, and the demand of public funders, who seek measurable evidence of improved dietary habits among older adults. The responses to calls for funding frame cooking as a vector of autonomy, social connection, and alignment with dietary recommendations. From the participants’ perspective, expectations are shaped by caregiving roles (towards self and others), life events, and the ability to use the workshop as a response to a specific need at a given point in their life course.
The benefits of the workshops are the most evident among those already involved in cooking: they enhance their skills and gain a sense of personal value, which in turn reinforces food-related care work, still predominantly carried out by women. Conversely, participants who rely on facilitators for nutritional guidance or hope for a deep transformation of their practices often experience a disconnection between their expectations and the content of the workshop. These differentiated effects reveal the risk of reinforcing social health inequalities through participation. Finally, significant impacts lie in the relational dimension: well-being, social recognition, and the strengthening of both “strong” and “weak” social ties. Cooking – whether collective or domestic – thus emerges as ambivalent: both a space for connection and a site where health and food-related inequalities are reproduced. - Accès au document
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Citation bibliographique
Mayer, Julie (1980-.... ; docteure en Sociologie) (2025), Cuisiner pour « bien vieillir » : les liens entre santé et alimentation développés par et pour les personnes vieillissantes [Thèse]