Le lien social à l’épreuve du genre. Les parcours trans, de la disqualification aux recompositions des solidarités
- Armangau, Yael (1995-.... ; docteur en Sociologie) (2025)
Thèse
Accès restreint
- Numéro national de thèse
- 2025TLSEJ092
- Titre en français
- Le lien social à l’épreuve du genre. Les parcours trans, de la disqualification aux recompositions des solidarités
- Titre en anglais
- When gender disrupt social ties. Trans journeys, from disqualification to the reshaping of solidarities
- Directeur de recherche
- Grossetti, Michel (1957-....)
- Co-directeur de recherche
- Figeac, Julien (1980-....)
- Date de soutenance
- 2 décembre 2025
- École doctorale
- TESC : Temps, Espace, Société, Culture
- Diplôme
- Doctorat en Sociologie
- Unité de recherche
- Laboratoire Interdisciplinaire Solidarités, Sociétés, Territoires - LISST
- Mots-clés en français
- Études trans
- Soutien social
- Réseaux sociaux numériques
- Liens sociaux
- Genre
- Care trans
- Mots-clés en anglais
- Trans Studies
- Social support
- Social networks
- Social solidarity
- Gender
- Trans care
- Résumé en français
-
Cette thèse questionne les effets des parcours de transition de genre sur les liens sociaux, à partir d’une méthode mixte mobilisant entretiens, questionnaires et ethnographie en ligne. Elle envisage l’entrée en transition comme une bifurcation biographique, amorçant un processus de disqualification sociale susceptible de fragiliser ou de rompre les liens sociaux. L’analyse des annonces de la transition (coming-out) marque une première fragilisation, souvent suivie par l’expérience d’un continuum de violences (morales, médicales ou sexuelles) qui s’exercent dans l’ensemble des sphères sociales. Si ce processus de disqualification sociale est ancré dans le cisgenrisme, son intensité varie selon les rapports sociaux qui structurent ces trajectoires : certaines personnes vivent une disqualification intense, cumulant les ruptures et l’absence de soutien, tandis que d’autres en sont relativement protégé·es.
Ce travail cherche à mieux comprendre comment les personnes trans accèdent au soutien social en lien avec leur transitude après cette première phase de disqualification ; aussi bien depuis le renouvellement des ressources relationnelles que depuis la fréquentation d’espaces en ligne. Il révèle quels sont les liens sociaux qui assurent un soutien émotionnel, informationnel, instrumental ou de mise en réseau lors des différents temps qui rythment une transition. Ainsi, les personnes trans s’équipent pour faire face au cisgenrisme aussi bien par une redistribution des soutiens et des attaches sociales que par une réification des rôles relationnels, en particulier ceux des mères.
Cette thèse introduit la notion de « care trans » afin de qualifier les formes spécifiques de soutien développées dans les espaces de sociabilité trans (aussi bien hors ligne qu’en ligne), marqués par l’écoute, la réciprocité et la co-construction d’alternatives aux modèles de solidarité traditionnels. Ce « care trans », bien qu’inégalement accessible et structuré lui-aussi par des rapports de domination, constitue une réponse collective aux expériences de la disqualification. En filigrane, cette thèse invite à repenser la solidarité sociale en apportant une attention particulière aux manières dont certaines présences, parfois ténues ou ambivalentes, rendent possible de « tenir » dans le temps.
Pour conclure, la thèse souligne ainsi que si la transitude renvoie à une expérience de disqualification sociale marquée par des ruptures et des violences, cette expérience est également un terrain de réinvention des liens sociaux, par l’émergence de nouvelles formes de présences et de manières de prendre soin. En articulant les apports des études trans avec ceux de la sociologie des parcours de vie, des réseaux, du numérique et du genre, cette recherche contribue à une compréhension plus fine des mécanismes de solidarité et d’exclusion sociale, tout en invitant à ne pas homogénéiser des réalités façonnées par les rapports sociaux (en particulier d’âge et de genre). - Résumé en anglais
-
This thesis examines the effects of gender transition on social ties, using a mixed methodology involving interviews, surveys, and online ethnography. It considers the beginning of the transition as a biographical turning point, initiating a process of social disqualification that can weaken or sever social ties. Analysis of transition announcements (coming-out) reveals an initial fragilization, often followed by a continuum of violence (moral, medical, or sexual) across all social spheres. While this process of social disqualification is rooted in cisgenderism, its intensity varies according to the social relationships that structure these trajectories: some people experience an intense disqualification, accumulating a series of disruptions and a lack of support, while others are relatively protected from it.
This study seeks to better understand how transgender people access social support related to their transness after this initial phase of disqualification both through the renewal of relational resources and through participation in online spaces. It reveals the social ties that provide emotional, informational, instrumental, or networking support at different stages of the transition process. Thus, transgender people acquire the resources to cope with cisgenderism both through a redistribution of social support and attachments, and a reification of relational roles, particularly those of mothers.
This thesis introduces the concept of “trans care” to describe the specific forms of support developed in trans social spaces (both offline and online), characterized by listening, reciprocity, and the co-construction of alternatives to traditional solidarity models. This “trans care,” although unevenly accessible and also structured by relations of domination, constitutes a collective response to experiences of disqualification. Ultimately, this thesis invites us to rethink social solidarity by paying particular attention to the ways in which certain forms of presence, sometimes tenuous or ambivalent, make it possible to “hold on” over time.
In conclusion, the thesis emphasizes that while transness refers to an experience of social disqualification marked by disruption and violence, this experience is also a terrain for the reinvention of social bonds, through the emergence of new forms of presence and care. By combining trans studies with sociology of life-course, social network analysis, digital technology, and gender, this research contributes to a more detailed understanding of the mechanisms of solidarity and social exclusion, while urging not to homogenize realities shaped by social relations (particularly age and gender). - Accès au document
- Accès restreint
Citation bibliographique
Armangau, Yael (1995-.... ; docteur en Sociologie) (2025), Le lien social à l’épreuve du genre. Les parcours trans, de la disqualification aux recompositions des solidarités [Thèse]