Camouflage social chez les adultes autistes : prédicteurs et rôle dans le burnout autistique
- Rebours, Capucine (1995-.... ; docteure en psychopathologie) (2025)
Thèse
- Numéro national de thèse
- 2025TLSEJ111
- Titre en français
- Camouflage social chez les adultes autistes : prédicteurs et rôle dans le burnout autistique
- Titre en anglais
- Social camouflaging in autistic adults: predictors and implication in autistic burnout
- Directeur de recherche
- Fremolle-Kruck, Jeanne
- Date de soutenance
- 24 novembre 2025
- Diplôme
- Doctorat en Psychopathologie
- Unité de recherche
- Centre d’Etudes et de Recherches en Psychopathologie et Psychologie de la Santé - CERPPS
- Sujet
- Psychologie
- Mots-clés en français
- Autisme
- Camouflage
- Burnout autistique
- Facteurs de risque
- Neurodiversité
- Mots-clés en anglais
- Autism
- Camouflaging
- Autistic burnout
- Risk factors
- Neurodiversity
- Résumé en français
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Ce manuscrit s’inscrit dans un contexte marqué par la prédominance du modèle biomédical, qui tend à individualiser les difficultés des personnes autistes et à les réduire à des déficits intrinsèques. En contrepoint, il adopte une perspective critique et intersectionnelle, ancrée dans le paradigme de la neurodiversité et le modèle social du handicap. Il s’intéresse à un mécanisme central, le camouflage social, et à l’une de ses conséquences majeures, le burnout autistique.
Le camouflage désigne l’ensemble des stratégies utilisées par les personnes autistes pour masquer ou compenser leurs traits, afin de répondre aux attentes sociales et éviter la stigmatisation. Si elles peuvent parfois faciliter l’adaptation, ces stratégies sont coûteuses et associées à une santé mentale fragilisée. Le burnout autistique est un état d’épuisement profond lié à l’accumulation de pressions sociales, sensorielles et structurelles qui submergent durablement les ressources. Bien que ces phénomènes suscitent un intérêt croissant, leurs liens restent peu étudiés.
L’objectif de cette thèse était double : (1) identifier les mécanismes sous-jacents du camouflage afin de comprendre pourquoi certaines personnes y recourent davantage ; (2) analyser le rôle du camouflage comme facteur de risque du burnout autistique, en interaction avec d’autres prédicteurs. Trois études complémentaires ont été menées.
L’Article 1 a exploré quantitativement les prédicteurs du camouflage. Il met en évidence le rôle de facteurs psychosociaux tels que l’acceptation de l’autisme et la perception des différences de cognition sociale, montrant que le camouflage ne relève pas seulement des capacités cognitives mais des expériences de minorisation.
L’Article 2 s’est intéressé aux prédicteurs du burnout autistique. Les résultats soulignent son caractère multifactoriel, impliquant des facteurs individuels, interpersonnels et structurels. Le camouflage, notamment sa dimension de compensation, prédit la sévérité du burnout. L’appartenance à une minorité de genre trans ou divergente de genre constitue également un facteur de vulnérabilité, confirmant l’importance d’une perspective intersectionnelle.
L’Article 3, qualitatif, approfondit cette compréhension en recueillant l’expérience vécue des personnes autistes. Les entretiens mettent en lumière l’accumulation de pressions sociales et sensorielles, les injonctions paradoxales, les obstacles structurels dans l’accès aux soins et aux droits, ainsi que l’intériorisation de la stigmatisation. Ces résultats confirment que le burnout n’est pas une trajectoire « normale » de l’autisme, mais la conséquence de pressions systémiques spécifiques.
Pris ensemble, ces travaux proposent une compréhension intégrée du lien entre camouflage et burnout. Ils contribuent à dé-individualiser l’analyse des difficultés de santé mentale dans l’autisme, en montrant qu’elles ne relèvent pas d’une vulnérabilité intrinsèque mais de l’interaction entre particularités autistiques et environnements inadaptés.
Au-delà de leurs apports théoriques, ces résultats soulignent la nécessité de transformer les pratiques cliniques, en s’éloignant des interventions centrées sur la normalisation pour promouvoir des approches affirmatives et respectueuses de la neurodiversité. Ils plaident également pour repenser les environnements sociaux, éducatifs et professionnels afin de réduire les pressions qui alimentent le burnout, et pour développer des recherches participatives et intersectionnelles centrées sur l’amélioration concrète de la qualité de vie des personnes autistes.
En conclusion, ce manuscrit propose une articulation originale entre camouflage social et burnout autistique, et contribue à transformer leur compréhension scientifique, clinique et sociétale. - Résumé en anglais
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This dissertation is situated within a context where the biomedical model remains dominant, framing autism primarily through deficits and individual vulnerabilities. In contrast, it adopts a critical and intersectional perspective rooted in the neurodiversity paradigm and the social model of disability. It focuses on a central mechanism, social camouflaging, and one of its major consequences, autistic burnout.
Social camouflaging refers to the strategies autistic people use to hide or compensate for their traits in order to meet social expectations and avoid stigma. While sometimes facilitating short-term adaptation, these strategies are costly and linked to poorer mental health. Autistic burnout is a state of profound exhaustion resulting from the cumulative weight of social, sensory, and structural pressures that overwhelm resources. Despite growing interest, the links between these two phenomena remain poorly understood.
The aim of this dissertation was twofold: (1) to identify the mechanisms underlying camouflaging in order to understand why some individuals rely on it more heavily than others; (2) to analyze the role of camouflaging as a risk factor for autistic burnout, in interaction with other predictors. To address these objectives, three complementary studies were conducted.
Article 1 explored the predictors of camouflaging through quantitative methods. Results highlight the role of psychosocial factors such as acceptance of autism and the perception of social-cognitive differences, showing that camouflaging is not only about cognitive abilities but is deeply shaped by experiences of marginalization.
Article 2 examined the predictors of autistic burnout. Findings reveal its multifactorial nature, combining individual, interpersonal, and structural factors. Camouflaging, particularly its compensatory dimension, significantly predicted burnout severity. Belonging to a gender minority (trans or gender-divergent) also emerged as a predictor of heightened vulnerability, underscoring the need for an intersectional approach.
Article 3 used qualitative methods to deepen understanding through autistic people’s lived experiences. Interviews revealed themes such as the accumulation of social and sensory pressures, paradoxical demands, structural barriers in accessing healthcare and rights, and the internalization of stigma. These findings confirm that autistic burnout is not a “natural” trajectory of autism but the outcome of systemic pressures.
Taken together, these studies offer an integrated understanding of the link between camouflaging and burnout. They contribute to de-individualizing autistic mental health difficulties, showing that they do not stem from inherent vulnerability but from the interaction between autistic particularities and non-accommodating environments.
Beyond their theoretical contributions, these results emphasize the urgent need to transform clinical practices, moving away from interventions aimed at normalization and towards neurodiversity-affirming approaches. They also highlight the importance of redesigning social, educational, and professional environments to reduce the pressures that drive burnout. Finally, they call for participatory and intersectional research that centers autistic voices and prioritizes concrete improvements in quality of life.
In conclusion, this dissertation offers an original articulation between social camouflaging and autistic burnout, contributing to reshaping their scientific, clinical, and societal understanding.
Citation bibliographique
Rebours, Capucine (1995-.... ; docteure en psychopathologie) (2025), Camouflage social chez les adultes autistes : prédicteurs et rôle dans le burnout autistique [Thèse]