La Grande Peur de 1789 dans le Sud-Ouest
- Vignolles, Henri (1992-.... ; docteur en Histoire) (2025)
Thèse
- Numéro national de thèse
- 2025TLSEJ134
- Titre en français
- La Grande Peur de 1789 dans le Sud-Ouest
- Titre en anglais
- The Great Fear of 1789 in the Southwest
- Directeur de recherche
- Sottocasa, Valérie (19..-....)
- Date de soutenance
- 15 décembre 2025
- École doctorale
- TESC : Temps, Espace, Société, Culture
- Diplôme
- Doctorat en Histoire
- Unité de recherche
- France, Amériques, Espagne - Sociétés, pouvoirs, acteurs - FRAMESPA
- Mots-clés en français
- Nouvelles
- Grande Peur
- Brigand
- Révolution française
- Rumeur
- Peur
- Mots-clés en anglais
- Great Fear
- Brigand
- Fear
- Rumor
- French revolution
- News
- Résumé en français
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La thèse se propose de réexaminer un ensemble de fausses nouvelles qui traversent la France pendant l'été 1789 et qui annoncent partout l'attaque imminente de milliers d'ennemis, le plus souvent appelés "brigands". Circulant par une série de réactions en chaines, ces rumeurs provoquent paniques et armements défensifs avant de s'évanouir, laissant les contemporains face à une énigme. Connues sous le nom de "Grande Peur", ces fausses nouvelles sont depuis un siècle assimilées dans l'historiographie de la Révolution Française à l'entrée des paysans dans le processus révolutionnaire. En faisant dialoguer les sources sur la Grande Peur dans le Sud-Ouest et les discours sur la crise de juillet produits à Paris et à Versailles comme en provinces, la thèse nuance l'équivalence entre violence paysanne et panique de l'été 1789.
Le premier objectif de la thèse est de reconstituer précisément la diffusion de la rumeur entre Ruffec (en Angoumois) et le Languedoc. En effet, Georges Lefebvre avait identifié en 1932 le bourg de Ruffec comme l'origine de l'immense "courant" du Sud-Ouest, dont il est à ce jour le seul à avoir entrepris minutieusement la description. Cette dernière n'étant pas accompagnée d'un appareil critique, les historiens ont du se résoudre à suivre son récit sans pouvoir aisément le vérifier. En outre, la thèse entend caractériser précisément les énoncés qui ont effectivement circulé pendant la Grande Peur, afin de contribuer à répondre aux questions soulevées par l'historien américain Timothy Tackett en 2004. Ce dernier avait en effet mis fin en 2004 à près de 70 ans d'un quasi-consensus universitaire sur l'origine de la Grande Peur par la thèse d'une peur généralisée d'un "complot aristocratique". Cette hypothèse, développée par Georges Lefebvre sur la base des différentes occurrences où les brigands étaient annoncés être conduits par des grands aristocrates ou des souverains étrangers, lui est apparue comme une généralisation abusive de témoignages épars et manquant de représentativité.
La seconde visée de la thèse est d'interroger l'association classique entre Grande Peur et révolte agraire qui fait autorité depuis les intuitions d'Alphonse Aulard à la fin du XIXe siècle et l'étude de Pierre Conard sur le Dauphiné parue en 1904. Ce dernier avait en effet constaté que la mobilisation des paysans par les fausses nouvelles d'une attaque imminente de brigands et/ou de Piémontais avait évolué au nord de Bourgoin en révolte agraire de grande ampleur. La révolte du Dauphiné, bien documentée du fait de sa répression par des "volontaires" de Lyon et la Commission intermédiaire des états du Dauphiné, est progressivement devenue le modèle descriptif de la Grande Peur. Si l'historiographie concédait que les autres provinces touchées par la Grande Peur ne connaissaient pas une évolution aussi violente et marquée que dans le Dauphiné, elle conserva l'idée que les paysans armés pendant la Grande Peur avaient un peu partout attaqué le régime féodal.
Pourtant, la synthèse de Georges Lefebvre de 1932, devenue la référence obligée dans l'historiographie de la révolution française sur la Grande Peur, se montrait critique sur l'association conceptuelle entre Grande Peur et révolte agraire. D'après ses vastes recherches, il y avait partout sauf en Dauphiné une sorte d'exclusion entre les deux phénomènes. Pour ce faire, la thèse conteste le caractère exclusivement rural des fausses nouvelles puis examine les liens entre les rumeurs qu'elles charrient et le discours politique légitime. En contestant l'association de sens commun entre rumeur et milieux populaires, la thèse entend éclairer le rôle des groupes élitaires non seulement dans la diffusion (de bonne foi) des alarmes sur le moment, mais également dans leur construction. Ce faisant, la thèse réexamine la manière dont l'insurrection parisienne a été dite et pensée sur le moment et explore les liens entre les nouvelles de la révolution de juillet et la Grande Peur. - Résumé en anglais
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The thesis proposes to reexamine a series of false news that spread throughout France during the summer of 1789, announcing the imminent attack of thousands of enemies, most often referred to as “brigands.” Spreading through a series of chain reactions, these rumors caused panic and defensive armament before fading away, leaving contemporaries faced with an enigma. Known as the “Great Fear,” these false news have been assimilated for a century in the historiography of the French Revolution as the entry of peasants into the revolutionary process. By comparing sources on the Great Fear in the southwest with discourse on the July crisis produced in Paris, Versailles, and the provinces, the thesis nuances the equivalence between peasant violence and the panic of the summer of 1789.
The primary objective of the thesis is to reconstruct precisely how the rumor spread between Ruffec (in Angoumois) and Languedoc. In 1932, Georges Lefebvre first identified the town of Ruffec as the origin of the huge “current” in the Southwest, and he remains the only historian to have undertaken a detailed description of it. As his description was not accompanied by a critical apparatus, historians have had to rely on his account without being able to easily verify it.
In addition, the thesis aims to precisely characterize the statements that actually circulated during the Great Fear, in order to help answer the questions raised by American historian Timothy Tackett in 2004. Tackett had effectively put an end to nearly 70 years of near-consensus among academics on the origin of the Great Fear with his thesis of widespread fear of an “aristocratic conspiracy.” This hypothesis, developed by Georges Lefebvre on the basis of various instances where brigands were reported to be led by great aristocrats or foreign sovereigns, appeared to him to be an excessive generalization of scattered and unrepresentative testimonies.
The second aim of the thesis is to question the classic association between the Great Fear and agrarian revolt, which has been accepted as authoritative since Alphonse Aulard's insights at the end of the 19th century and Pierre Conard's study of the Dauphiné region published in 1904. Conard had observed that the mobilization of peasants by false reports of an imminent attack by brigands and/or Piedmontese had evolved into a large-scale agrarian revolt north of Bourgoin. The Dauphiné revolt, well documented due to its repression by “volunteers” from Lyon and the Intermediate Commission of the States of the Dauphiné, gradually became the descriptive model for the Great Fear
While historiography conceded that the other provinces affected by the Great Fear did not experience such violent and marked developments as in the Dauphiné, it retained the idea that armed peasants during the Great Fear had attacked the feudal regime almost everywhere.
However, Georges Lefebvre's 1932 synthesis, which became the standard reference in historiography of the French Revolution on the Great Fear, was critical of the conceptual association between the Great Fear and agrarian revolt. According to his extensive research, everywhere except in the Dauphiné there was a certain exclusion between the two phenomena. To this end, the thesis challenges the exclusively rural nature of false news and examines the links between the rumors it spreads and legitimate political discourse. By challenging the common association between rumor and the masses, we aim to shed light on the role of elite groups not only in the dissemination of alarms at the time, but also in their construction. In doing so, the thesis reexamines how the Parisian insurrection was described and thought of at the time and explores the links between news of the July Revolution and the Great Fear. - Accès au document
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Citation bibliographique
Vignolles, Henri (1992-.... ; docteur en Histoire) (2025), La Grande Peur de 1789 dans le Sud-Ouest [Thèse]