Sens et contexte - Étude neuropsycholinguistique des effets contextuels dans la construction du sens
- Bredif, Iona (1998-.... ; docteure en sciences du langage) (2026)
Thèse
- Numéro national de thèse
- 2026UTLSJ012
- Titre en français
- Sens et contexte - Étude neuropsycholinguistique des effets contextuels dans la construction du sens
- Titre en anglais
- Meaning and context - Neuropsycholinguistic study of contextual effects in meaning construction
- Directeur de recherche
- Jucla, Mélanie (1981-....)
- Co-directeur de recherche
- Missire, Régis (1973-....)
- Date de soutenance
- 20 février 2026
- Diplôme
- Doctorat en Sciences du Langage
- Unité de recherche
- Laboratoire de NeuroPsychoLinguistique - LNPL
- Sujet
- Linguistique générale
- Mots-clés en français
- Sémantique textuelle
- Psycholinguistique
- Contexte
- Cotexte
- Genres de texte
- EEG
- Mots-clés en anglais
- Semantics
- Psycholinguistic
- Context
- Cotext
- Texte genres
- EEG
- Résumé en français
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Cette thèse explore l’incidence des contextes sur la compréhension du sens, à la croisée de la sémantique textuelle (Rastier 2009 ; 2010 ; 2016) et de la neuropsycholinguistique. Elle s’intéresse plus particulièrement aux effets du contexte générico-discursif (relatif à la pratique sociale dans laquelle a lieu la production langagière) (Rastier, 2001 ; Bronckart, 2022) et à ceux du contexte linguistique (régulièrement appelé cotexte) dans la construction du sens. Dans ce travail, les propositions de la sémantique textuelle de description de l’incidence des contextes sont confrontées aux travaux et modèles (neuro)psycholinguistiques sur cette question. Alors qu’en sémantique textuelle, ces contextes sont considérés comme co-instituants du sens, l’activité de compréhension étant toujours contextuelle, dans les modèles (neuro)psycholinguistiques le point de départ de la compréhension est généralement l’unité isolée, à re-contextualiser.
Deux études expérimentales ont été menées, la première se concentrant sur les effets du cotexte et la seconde sur les effets du contexte générico-discursif (mais aussi du cotexte). La première étude, centrée sur l’utilisation de l’électroencéphalographie pour l’étude des processus sémantiques - et notamment le potentiel évoqué N400 associé à la perception d'une incongruité sémantique (Kutas et Hillyard, 1980 ; Kutas et Federmeier, 2011) - avait pour objectif de questionner la notion de congruité sémantique, entendue comme relation sémantique entre une unité lexicale et son cotexte. Dans cette étude nous avons créé une échelle de congruité sémantique, à partir de la typologie des isotopies de la sémantique textuelle, qui fait varier le nombre et le type de ruptures d’isotopies. Nous avons pu observer des variations comportementales (temps de réaction et jugements sémantiques) et électrophysiologiques (N400) en fonction de cette échelle et montrer la pertinence des propositions descriptives de la sémantique textuelle pour décrire la congruité sémantique.
La seconde étude, mêlant tâche d’inférence lexicale (Hu et Nassaji, 2014) et entretien microphénoménologique (Petitmengin, 2001 ; 2006), avait pour objectif de décrire l’incidence du contexte générico-discursif sur les parcours interprétatifs effectués par les locuteur.rice.s. La tâche d’inférence avait lieu sur un texte (narratif ou théorique) dans lequel était plongé un pseudomot à sémantiser et était suivie par un entretien microphénoménologique permettant de guider le locuteur vers l'explicitation de son vécu, d'attirer son attention vers les micro-activités implicites de son expérience de lecture et de sémantisation. A partir de cette tâche et de l’entretien, nous avons pu décrire les contraintes prescrites par le contexte générico-discursif (et le cotexte) sur les parcours interprétatifs du pseudomot, ainsi que les connaissances métalinguistiques mobilisées par les participant.e.s dans ces parcours interprétatifs. Nous avons également pu décrire l’enchaînement temporel des mouvements interprétatifs formant l’expérience vécue des parcours interprétatifs, en distinguant les expériences en fonction du genre de texte et type de discours (texte théorique ou narratif).
Ces travaux démontrent que la compréhension du sens gagne à être considérée comme contextuelle et à être étudiée en tant qu’activité, et non pas seulement dans ses produits. Ils valident également expérimentalement des propositions importantes de la sémantique textuelle, telles que la théorie des afférences et la typologie des isotopies. Avec ce travail nous espérons ouvrir la voie à un modèle contextualiste de la compréhension langagière et à des travaux combinant observation de l’activité électrique cérébrale et recueil de données d’expérience vécue (données phénoménologiques) pour l’étude de la compréhension langagière. - Résumé en anglais
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This thesis explores the impact of contexts on the understanding of meaning, at the intersection of textual semantics (Rastier, 2009; 2010; 2016) and neuropsycholinguistics. It focuses in particular on the effects of generic-discursive context (relating to the social practice in which language production takes place) (Rastier, 2001; Bronckart, 2022) and linguistic context (often referred to as co-text) in meaning construction. In this work, the proposals of textual semantics for describing contextual effects are examined in relation to (neuro)psycholinguistic models and studies on this issue. While textual semantics considers these contextes as co-constitutive these of meaning, with comprehension always being situated, (neuro)psycholinguistic models typically start from isolated linguistic units, which must then be re-contextualized.
Two experimental studies were conducted. The first focused on the effects of co-text and the second on the effects of generic-discursive context (but also co-text). The first study, which focused on the use of electroencephalography to investigate semantic processes—and particularly the N400 evoked potential associated with the perception of semantic incongruity (Kutas & Hillyard, 1980; Kutas & Federmeier, 2011) – aimed to question the notion of semantic congruity, understood as the semantic relationship between a lexical unit and its co-text. In this study, we created a continuum of semantic congruity, based on the typology of textual semantic isotopies, and which depends on the number and type of isotopic breaks. Behavioral measures (reaction times and semantic judgments) and electrophysiological responses (N400) varied along this continuum, supporting the relevance of textual semantics descriptions for understanding semantic congruity.
The second study, combining a lexical inference task (Hu & Nassaji, 2014) and a microphenomenological interview (Petitmengin, 2001; 2006), aimed to describe the effect of the generic-discursive context on participants’ interpretive path (and underlying processes). The inference task was based on a text (narrative or theoretical) in which a pseudoword to interpret was embedded, and was followed by a microphenomenological interview designed to guide the speaker toward explaining their experience and drawing their attention to the implicit micro-activities of their reading and interpretation experience. Based on this task and the interview, we were able to describe the constraints imposed by the generic-discursive context (and the co-text) on the interpretive paths of the pseudoword, as well as the metalinguistic knowledge mobilized by the participants in these interpretive paths. Based on the interviews, we were also able to describe the temporal sequence of interpretive movements forming the lived experience of interpretive paths, distinguishing experiences across text genres (narrative or theoretical).
Overall, this work demonstrates that understanding meaning must always be considered contextual and studied as an activity, not solely in terms of its products. It also experimentally validates key textual semantics propositions, such as the theory of afference and the isotopy presumption. With this work, we hope to pave the way for a contextualist model of language comprehension and for studies combining observation of brain activity and collection of experiential data (phenomenological data) for the study of language comprehension. - Accès au document
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Citation bibliographique
Bredif, Iona (1998-.... ; docteure en sciences du langage) (2026), Sens et contexte - Étude neuropsycholinguistique des effets contextuels dans la construction du sens [Thèse]