Le recours à la langue d'oc dans les actes de la pratique : l’exemple de la "Saume de L’Isle", un cartulaire laïc médiéval.
- Devos, Clémentine (2025)
Mémoire
Non consultable
- Titre en français
- Le recours à la langue d'oc dans les actes de la pratique : l’exemple de la "Saume de L’Isle", un cartulaire laïc médiéval.
- Titre dans une autre langue
- The use of the Occitan language in practical documents: the example of the "Saume de L'Isle", a medieval secular cartulary.
- Auteur
- Devos, Clémentine
- Directeur de recherche
- Raguin, Marjolaine (1987-....)
- Co-directeur de recherche
- Raguin
- Date de soutenance
- 10 octobre 2025
- UFR ou composante
- Département Lettres modernes, Cinéma et Occitan
- Mots-clés en français
- sociolinguistique médiévale
- histoire sociolinguistique
- sociolinguistique diachronique
- sociolinguistique
- histoire médiévale
- occitan
- occitan médiéval
- notariat médiéval
- diplomatique médiévale
- actes de la pratique
- cartulaire
- Saume de L'Isle
- Saume
- Midi
- Midi de la France
- scripturalité
- scripturalité médiévale
- Mots-clés dans une autre langue
- medieval sociolinguistics
- sociolinguistic history
- diachronic sociolinguistics
- sociolinguistics
- medieval history
- Occitan
- Medieval Occitan
- medieval notarial practice
- medieval diplomatics
- practical documents
- cartulary
- Saume de L'Isle
- Saume
- Southern France
- scripturality
- medieval scripturality
- Résumé en français
-
Ce mémoire de recherche s’appuie sur des sources laïques, lesquelles offrent une opportunité rare d’observer des pratiques scripturales qui échappent souvent à l’historiographie.
Ce travail sur l'occitan médiéval m’a amené à explorer la question des usages linguistiques dans les actes de la pratique. Si le plurilinguisme des rédacteurs de chartes ne fait aucun doute, peut-on vraiment parler de « diglossie » entre le latin et l’occitan quand ce rapport semble, parfois, horizontal plutôt que vertical ? La coexistence des langues était-elle conflictuelle ou complémentaire ?
L'enquête sociolinguistique conduit à réfléchir au développement des scriptae juridiques occitanes dans trois régions bien documentées : l’Albigeois, l’Agenais, et le Quercy. Les raisons de ces dynamiques demeurent peu élucidées. Pourtant, comme l’exprimait L. Febvre, « la langue est le fait social par excellence ». Peut-on vraiment faire de l’histoire sans questionner le médium linguistique par lequel les données historiques ont été transmises ?
Mon approche s’inscrit dans une perspective d’histoire sociolinguistique, centrée sur les usages des langues dans les écrits administratifs et juridiques. Elle repose sur l’analyse d’un corpus exceptionnel : un cartulaire seigneurial laïc dit la « Saume de L’Isle », qui conserve plus de 1,100 actes, dont environ 10 % écrits en occitan. Ce fonds m'a permis d’étudier comparativement les choix de langue selon les types d’actes, leur chronologie, leur répartition géographique, les formules utilisées, les profils sociaux des acteurs et des notaires.
Ce travail interroge la manière dont la scripturalité juridique en occitan s’est construite, en parallèle ou en réponse aux usages latins. La capacité des notaires à transposer des formules d’une langue à l’autre, à inventer de nouveaux termes juridiques, démontre une véritable maîtrise intellectuelle, bien loin de l’image d’un notariat sans formation. Les usages linguistiques pourraient dès lors s’expliquer par une demande de la clientèle. La rédaction en occitan répondait-elle à un besoin de compréhension, ou à un souci de conformité à l’oralité dans un cadre où l’acte écrit s’inscrit dans un rituel social ? Mais dans quelle mesure peut-on, à la suite des travaux d'H. Débax (2022) sur les hommages comme une "voix" des vassaux, ou des travaux de D. Panfili (2023) sur la scripturalité méridionale, accepter le concept de « script-oralité », d’une restitution écrite fidèle à l’oralité ?
Il apparaît que les influences locales, les effets de mode, ou encore les stratégies politiques jouent un rôle déterminant dans le choix de la langue d’un acte. In fine, ces pratiques s’insèrent dans un réseau complexe de relations entre seigneurs, agents seigneuriaux, communautés villageoises, clercs et notaires. En ce sens, les usages de l’écrit apparaissent comme des instruments puissants de structuration sociale, politique, économique et culturelle. Les choix de langue opérés dans les chartes ne sont donc pas neutres : ils révèlent la capacité des acteurs médiévaux à s’adapter, se faire entendre, et agir par l’écrit au-delà des simples mots. - Résumé
-
This research paper draws on secular sources, which offer a rare opportunity to observe scribal practices that often escape historiography.
This work on medieval Occitan has led me to explore the question of linguistic practices in legal documents. While the multilingualism of charter writers is undeniable, can we truly speak of "diglossia" between Latin and Occitan when this relationship sometimes appears horizontal rather than vertical? Was the coexistence of languages conflictual or complementary?
The sociolinguistic investigation leads to a reflection on the development of Occitan legal scriptae in three well-documented regions: the Albigeois, the Agenais, and the Quercy. The reasons for these dynamics remain largely unexplained. Yet, as L. Febvre stated, "language is the social fact par excellence." Can we truly do history without questioning the linguistic medium through which historical data has been transmitted?
My approach is situated within a sociolinguistic history perspective, focused on the uses of languages in administrative and legal writings. It is based on the analysis of an exceptional corpus: a secular seigneurial cartulary known as the "Saume de L'Isle," which preserves more than 1,100 documents, about 10% of which are written in Occitan. This collection has allowed me to comparatively study language choices according to the types of documents, their chronology, their geographical distribution, the formulas used, and the social profiles of the actors and notaries.
This work examines how legal writing in Occitan was constructed, in parallel with or in response to Latin practices. The ability of notaries to transpose formulas from one language to another, to invent new legal terms, demonstrates a true intellectual mastery, far removed from the image of an untrained notariat. Linguistic practices could therefore be explained by client demand. Did writing in Occitan respond to a need for comprehension, or to a concern for conforming to oral tradition within a context where the written act was part of a social ritual? But to what extent can we, following the work of H. Débax (2022) on acts of homage as a "voice" of the vassals, or the work of D. Panfili (2023) on Southern French literacy, accept the concept of "script-orality," of a written restitution faithful to orality?
It appears that local influences, trends, and political strategies play a decisive role in the choice of language for a legal document. Ultimately, these practices are embedded in a complex network of relationships between lords, manorial agents, village communities, clerics, and notaries. In this sense, the uses of writing appear as powerful instruments of social, political, economic, and cultural structuring. The language choices made in charters are therefore not neutral: they reveal the ability of medieval actors to adapt, to make themselves heard, and to act through writing beyond mere words. - Accès au document
- Non consultable
Citation bibliographique
Devos, Clémentine (2025), Le recours à la langue d'oc dans les actes de la pratique : l’exemple de la "Saume de L’Isle", un cartulaire laïc médiéval. [Mémoire]